Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1)38 IIISTOlllE SOCIALISTE ------------------------------ voulu s~ retirer parce qu'il n'était pas d'accord avec un de ses collègues (M. Bertrand) dont il estime le caraclère personnel, mais dont il n'approuve pas également la conduile ministérielle. « Comment M. Narhonne eslime-t-il le caractère d'un homme qui a menti à la face de I"Europe, qui a donné un démenti au roi donl il esl le ministre, qui n'a cessé de montrer la mauvaise foi la plus effrontée? • Commeut le roi n'hésitait-il poinl à se séparer ainsi de Narbonne? S'être engagé, sur ses conseils, dans la politique de guerre lirnilée el le congédier Juste à l'heure où le semblant de popularité qu'il avait acquis pouvait protéger la Cour, c'élail une faute qui prouvait ou l'eulière impuissance, ou l'entière incohérence de la royauté. Cette décision du roi perdait Delessarl. N'osant pas blâmer ouvertement une décision du roi relative aux ministres, l'Assemblée va prendre sa rev~nche en décrétant un des minislres'de trahison. Je ne m'arrêterai pas à analyser longuement l'acle d'accusation porté le 10 mars à la tribune. Au fond, tous les arguments peuvent se ramener à un seul: « Delessart esl criminel de n'avoir pas tout fait pour amener la guerre. • Brissot lui reproche comme une félonie jusqu'à la prudence du langage diplomatique. Il lui reproche comme une félonie des paroles, des altitudes qui, hier encore, étaient celles de Brissot lui-même. li semblait, dit-il, que M. Delessarl voulôl dérober la connaissance (du concert des souverains), ou ne la donner que le plus tard possible; il semblait se réserver cette matière nouvelle à des explications el à des négocial\ons, pour lempt-,·er l'ardeur de la nation française qui brûlait d'attaquer et de se venger des i11sultesqu'elle avait reçues. » • Un ministre habile el patriote au rail vu dans ce concert le foyer de tous les orages qui pouvaient menacer la France, iJ se fôt attaché opini:l.lremenl à le dissiper. M. Delessart respectait au contraire ce loyer et ne s'allacbail qu'à quelques ramifications ou rasfemblemenls aes émig~és, aux princes possession nés. » Or, nous savons qu'en fait ce concert offensif n'existait pas. Nous savons que Léopold avait toujours cherché des moyens dilatoires. El nous nous rappelons que Brisso\ disait il y a peu de temps : • C'est à Coblenlz qu'est· le foyer du mal. " Il assurait que l'empereur voulait la paix, avait besoin de la paix. Il pèse tous les mols de la lellre de Delessarl: • Avec quelle faiblesse le ministre parle de ce concert, dont l'existence était si bien démontrée, dont l'objet était si contraire aux intérêts de la France. « On a élé, dit-il, extrême- • ment frappé de ces expressions: les souverains réunis en concert; on a cru y • voir l'indice d'uue ligue formée à l'insu de la France et peul-être contre « eUe ». L'indice! comment une expression aussi ldche, aussi criminelle estelle échappée au ministre? Ainsi Brissot va envoyer le ministre devant la Haule-Gour d'Orléans

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