8()1 l!1STOIRE SOCIALISTK qu'il a fallu d'abord un ébranlement des classes privil6giées elles-mêmes el, en tout cas, des classes riches. « Voule=-vous, dil-il, un contre-poison s1ir à toute1 les illusio1is que l'on vous présente? Réfléchisse:; seulement sur la marche naturelle des ,·évolutions. Dans des Etats conslittds comme presque tous les pays de l'Europe, il y a trois puissances: le monarque, les aristocrates et le peuple, ou plutût le peuple est nul. S'il arrive une révolution dans ces pays, elle ne peut être que graduelle, elle commence par les nobles, par le clergé, par les riches, et le peuple les soutient lorsque son intérêt s'accorde avec le leur pour résister à la puissance dominante, qui est celle du monarque. C'est ainsi que parmi vous ce sont les parlements, les nobles, le clergé, les riches, qui ont donné le branle à la Révolution; en<uile le peuple est unu. lis s'en sont repentis ou, du moins, ils ont voulu arrêter la Révolution lorsqu'ils ont vu que le peuple pouYail recouvrer sa soa1eraineté; mais ce sont eux qui l'ont commencée; et, sans leur résistance el leurs faux calculs, la nation serail encore sous le joug du despotisme. D'après celte ,·érilé historique el morale, vous pou\'ez juger à quel point vous devez compter sur les nations de l'Europe en général, car, chez elles, Join de donner le signal de T'insurreclion, les aristocrates, averlis par notre exemple m~me, sont aussi ennemis du peupie el de l'égalité que les nôtres, se sont ligués comme eux avec le gouvernement pour retenir le peuple dans l'ignorance el dans les fers. » Aussi, il est chimérique, selon Robespierre, d'espérer une rapide expansion universelle de la Révolution, el c'est sur les forces contre-révolutionnaires de France qu'il faut cQJlcentrer son effort: • ~lais, que dis-je? Avonsnous des ennemis au dedans? Vous n'en connaissez pas: vous ne connaissez que Coblentz. N'avez-vous pas dit que le siège du mal est à Coblenlz? Il n'e:'L donc pas à Paris? Il n'y a donc aucune relation entre Coblentz el un autre lieu qui n·esl pas loin de nous?... Apprenez donc qu·au jugement de Lous les Français éclairés le ,·érilable Coblenlz est en France ... Je décourage la nation, dites-vous: non, je l'éclaire; éclairer des hommes libres c'est réveiller leur courage, c·est empêcher que leur courage même nt devienne l'écueil de leur liberté; et, n'eussé-je fait autre chose que de dévoiler tant de pièges, que de réfuter tant de fausses i?ées et de mauvais principes, que d'arrèler les élans d'un enthousiasme dangereux,j'aurais avancé l'esprit public et servi la patrie!• Oui, mais ce ~ni manquait au discours de Robespierre, c'était le sourne révolutionnaire: il semblait ne pas plus espérer le succès d'un mouvement populaire au dedans· que le succès de la guerre. • Lorsque le peuple s'éveille el déploie sa force el sa majesté, ce qui arrive une fois dans des siècles, tout plie devant lui, le despotisme se prosterne contre terre el contrefait le mort comme un animal lâche el féroce à l'aspect du lion; mais bient0l il se relève, il se rapproche du peuple d'un air caressant; il substitue la ruse à la force; on le croit converti; on a e{ltendu sortir de sa bouche Je mot de libertt!; le
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