Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTG peuple s'abandonne à la joie, à l'enthousiasme; on accumule en ses mains des trésors immenses que lui livre la fortune publique; on lui donne une puissance colossale; il peul olTrirdes appâts irrésistibles à l'ambition el à la cupid ilé de ses partisans, quand le peuple ne peul payer ses serviteurs que de son estime ... Le moment arrive où la division règne partout, où tous les pièges des tyrans sont tendus, où la ligue de tous les ennemis de la liberté est enlièremenl formée, où les dépositaires de l'autorité publique en sont les chefs, où la portion des citoyens qui a le plus d'influence par ses lumières et par sa fortune est prèle à se ranger de leur parti. Yoilà la nation placée entrn la ,ervilude et la guerre civile. Il est impossible que toutes les parties d'un empire ainsi divisé se soulèvent à la fois, et toute insurrection partielle est regardée comme un acte de révolte ... » Mais, qui ne voit que par ce pessimisme, Rouespierre faisait le jeu de la Gironde et de la guerre? Si la Révolution est à ce point enlisée, et si elle ne peut se sauver ni par un soulèvement général ni par une insurrection partielle, essayons du moins la grande diversion girondine. Robespierre n'a pa, entrevu le 20 juin: il n'a pas cru à la possibilité du 10 août, el sa critique toute négative ne pouvait arrèter l'élan des passions étourdies el ardentes soulevées par la Gironde. li fallait à ce moment un parti de l'action qui ne fût pas un parti de la guerre. Robespierre n'a pas su le susciter, el la guerre restait la seule issue. 11ais pendant tous ces débats, entre Robespierre et Brissot grandissaient les haines : c'est 1/l.que commence le conflit de la Gironde et de la Montagné. Les Girondins, au moment où ils croyaient pouvoir réaliser un plan qui leur donnait le pouvoir, qui mellail la royauté à leur merci el qui faisait éclater la Révolution sur le monde, se heurtaient soudain à l'opposition inflexible d'un patriote; d'un démocrate dont l'autorilé morale était immense. Ils sentaient leur échapper une parlie de l'opinion, une partie de la force révolutionnaire, à l'heure môme où ils avaient espéré éblouir tous les esprits, entrainer tontes les forces. El Robespierre, méUculeu,, ombrageux, personnel, souffrait dans son orgueil aussi bien que dans sa prudence de l'audace brillante et fanfaronne de la Giroude. Les adversaires paraissaient d'abord se ménager ; mais bientôt ils se portèrent des coups très rudes. Les Girondins étaient des calomniateurs étourdis. Robespierre était un calomniateur profond. Brissot, avec beaucoup de légèreté el de mauvaise foi, représenta comme un outrage au peuple les paroles de circonspection prononcées par Robespierre. Et celui-ci insinua Lous les jours plus perfidement que Brissot el ses amis faisaient le jeu de la Cour. En fait, parce qu'ils voulaient la guerre el qu'ils la voulaient tout de suite, avec n'importe que)s instruments, les Girondins assumaient des responsabilités redoutables. Le jeu savant et cruel de Robespierre sera de les solidariser avec le frivole Narbonne, avec Lafayette, couvert du sang du peuple au Champ

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