Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

lllSTOtnE SOCIALISTE que la masse du peuple dans ces contrées, connait mieux ces faits que noire conslilulion. Les récits tles hommes érlairés qui les connaissent, démentent tout ce qu'on nous raconte de !"ardeur a1ec laquelle elles soupirent aprè~ notre constitution el nos armées . .-1.v~ntque les efTels de notre llévolulion se fassent sentir chez les nations étrangères, il faut qu'elle soil consolidée. Youloir leur donner la liberté avant de l'avoir nous-même, conquise, c·esl assurer à la fois notre servitude el celle du monde enlier; c'est se former des choses une idée e,agérée el absurde, de penser que, dès le moment où un peuple se donne une constilulion, Lous les autres r~pondenl au môme instant à ce signal. • • L·e,ernple de l'Amérique, que vous avez cité, aurait-il suffi pour bri,rr nos fers, ~i le Lempsel le concours des plus heureuses circonstances n'avaient amené insensiblement cette révolution? La Déclaralion des Droits n'est point la lumière du soleil qui éclaire au même instant Lous les hommes; ce n·e,l point la foudre qui frappe en même Lemps tous les trônes. JI csl plus facile de !"écrire sur le papier ou de la graver sur l'airain que de rétablir dans le cœur tics hommes les sacrés caractères effacés par l'ignorance, par les passions cl rar le despolbme. Que dis-je? :,;·est-elle pas tous les jours méconnue, foulée au, pieds, ignorée même parmi vous qui l'avez promulguée? L'égalité des droits est-elle ailleurs que dans les principes de notre charte constitutionnelle? • Le despotisme, l'aristocratie ressuscitée sous di's formes nouvclle5. ne relève-t-elle pas sa tMe hideuse? ci'op1>rime-t-elle pas encore la faibles,,•, la ver lu, l'innocence, au nom des lois el de la liberté même? La Constitution que !"on dit fille de la Déclaration des Droils, re,~emulc-t-elle de fait à sa mère? ... Comment donc POU\'CZ-\'OUS croire c1u'clle opérera, dans le moment même que nos ennemi, intérieurs auront marqué pour la guerre les prodiges qu'elle n'a pu accomplir encore ·1 » La suite des 6\tinements a montré que Robe,picrre avait raison d"annonccr la ré;i,tance des peuples à la Révolution armée. Certes, les grandes guerres de la llérnlution ont ébranlé en bien des pays le régime ancien, mais clics ne l'y ont point abattu, et il y a plus d'une nation à qui il a fallu plus d'un siècle pour conquérir une partie seulement des libertés que pos,édait la France en 1792. Qui peut dire que la seule propagande de l'exemple aurait agi avec plus de lenteur? Mais les guerres de la llévolulion suscitèrent partout un nationalisme belliqueux el âpre, el l'on ne peut songer sans un regret poignant à ce que seraient les rapports des peuples et la civilisation générale si la paix avait pu Mre maintenue par la llévolution. llobespierre, pour détruire les illusions propagées par la Gironde, atteint à une profondeur d'analyse sociale, et, si l'on me passe le mot, de réalism,• révolulionnaire q11·onne peut pas ne pas admirer. Lui qui dit parfois, en paroles vagues, que c'est • le· peuple » qui a fait la Révolution, il reconnait

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