Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

892 IIISTOIRE SOCIALISTE action révolutionnaire intérieure capable d'expulser immédiatement tous ces éléments mauvais. A ceux qui s'enOévraienl el voulaient marcher sur Coblentz, il fallait dire: • Non, marchons sur les Tuileries. • Or, Robespierre di;iail bien ou lais;,ait bien entendre que le ,éritable p éril était non à Coblenlz mais am Tuileries: il ne proposait pas, il ne laissait pas espérer une action révolutionnaire prochaine. L'horizon, cle plus en plus chargé et troublé, devait être dégagé par un coup de foudre: coup de foudre de la guerre, ou coup de foudre d'une Révolution populaire et rép ublicaine. Robe;,pierre ne promettait, ne désirait ni l'un ni l'autre. li était tout enscm61c pour la paix avec le dehors et pour la légalité au dedans: c'éta it trop demander à un peuple dont les nerfs ou excités ou affaiblis vibraient de nouveau après quelques mois d'atonie. Aussi, son action contre la guerre, si clic fut grande el noble, ne fut pas efficace. Mais quel sens merveilleux de la réalité, surtout quel sens des difficultés, des obstacles chez cet homme que d'habitude on qualifie d'idéologue, de théoricien abstrait! Et comme il di ssipe les rêves vains de ceux qui croyaient, comme le dit le journal de Prud homme, « en portant au peuple la Déclaration des Droits de l'llomme (1 la pointe des baïonnettes •• établir san~ effort la liberté universelle 1 • N'importe , dit-il à Brissot avec une ironie puissante, vous vous chargez vous-même de la conquête de l'Allemagne, d'abord ; vous promenez notre armée trio mphante chez tous les peuples voisins; vous établillsez partout des municip alités, des directoires, des assemblées nationales, el vous vous écriez v ous- m~me que celte pensée e~l ,ublime, comme si Ir destin ries empires se réglait par des figures de rhétorique. Nos généraux conduits par vous ne sont plus que les missionnaires de la Constitution; notre camp, qu'une école de droit public; les satellites des monarques étrangers, loin de mettre aucun obstacle à rexéculion de ce projet, volent au-devant de nous, mais pour nous écouter. • « li e,t fâcheux que la vérité et le bon sens démentent ces magniOques prédictions; il esl dans la nature des choses qtte la mar che de la raison soit le11teme11lpro(Jressive. Le gouvernemclll {p plus t:icieux trouve un pui.,~ant appui dans les habiludcs, dans les p,·éjugé s, dans l'éducation des peuples. Le rl~spolisme m6me déprave l'esprit des ho mmes Jusqu'à s'en faire adorer, cl jusqu'à rendre la li!Jcrté suspecte et eff rayante au premier abord. La plus extravagante idée qui puisse nijJtre dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ~es lois cl sa corn,tilut ion. Personne n'aime les missionnaires armés, et le premier conseil que donnent la nalur~ et la prudence, c'est de les repous,er comme des ennemis. J'ai dit qu'une telle Invasion pourrail réveiller l'idée de l'embrasement du Palatinat el des dernières guerres, plus facilement qu'elle ne ferait germer des idées coosUluUonnelles, parce

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