Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

890 llJS'l'OIRE SOCIALISTE « La défiance e,L un état affreux ! Est-ce là le langage d'un homme libre qui croit que la liberté ne peul ètre achétée à Lrophaut prix? Elle empêche les deux pouvoirs d'agit· de concerll Esl-ce encore vous qui parlez ainsi? Quoi 1 c'est la défiance du peuple qui empêche le pouvoir exéculif de marcher el ce n'est pas sa volonlé propre? • Sur ce point, Robespierre presse impitoyablement Bri~sot. li semble, en effet, que là, Robespierre avail un avanlage marqué; car si la guerre étail déclarée, c'étail d'abord la guerre de la cour. Et Brissol étail obligé de dire avec cerlilude: Le roi ne trahira pas, ou de dire avec audace: Si nous sommes Lrahis, Lanlmieux, car sous le coup de la trahison, la guerre échappera à la direction de la Cour. Brissol disail à la fois les deux choses. 'l'anlôl il se plaignait, en elfel, de l'excè, de défiance el semblait faire crédit « à l'esprit merveilleux • de Narbonne. Tantôl il proclamait que le salut serait précisément dans la trahison. Aux Jacobins même, il avait dit, dans le discours auquel répondait Robespierre: • Connai~sez-vous un peuple, s'écrie-t-on, qui ait conquis sa liberté en soutenant une guerre étrangère, civile el religieuse, sous les auspices du despolisme qui le trompait? « Mais que nous importe l'existence ou la non-existence d'un pareil Cail? Existe-t-il donc dans l'histoire ancienne une révolution semblable à la nôtre? :llontrez-nous un peuple qui après douze siècles d'esclavage a repris sa liberté! Nous créerons ce qui n'a pas existé. • Oui, ou nous vaincrons et les émigrés et les ptêtres et les Électeurs, el aiors nous établirons notre crédit public et nolre prospérité, ou nous serons ballus el trahis ... , et les trallres seront enfin convaincus el ils seront punis, et nous pourrons Caire disparaitre enfin ce qui s'oppose à la grandeur de la nation française. Je l'a,ouerai, messieurs, je n'ai q1t'ttne craint", c'est que nous ne soyions pas trahis. Nous AVONS BESOIN DE GRANDES TRAUISONS : NOTRE SALUT EST LA; car il existe encore de fortes doses de poison dans le sein de la France, et il faut de fortes explosions pour l'expulser: le corps est bon, il n' !/ a rien à craindre. » Je crois que c'est une des paroles les plus audacieuses qui aient été dites par des hommes à la veille de grands événements. Mais observez bien que Brissot, malgré tout, ne fait ici que des hypothèses : il prévoit la possibilité de la trahison; il ne la redoute pas: il la désire, au contraire, parce qu'elle purgera la France et la Révolution du poison secret qui les paralyse. Mais 13rissotn'ose pas dire d'une façon directe et positive: • L'étal des esprits est tel à la Cour, la logique du despotisme royal est telle que nous serons d'abord nécessairement trahis, d c'est à travers le feu de la trahison que nous parviendrons à la grande guerre révolutionnaire, républicaine el libératrice. » Non, Brissot manœuvre et équivoque. De même qu'il désire et prépare la guerre avec les grandes puissances de l'Europe, mais rassure la nation en loi

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