Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

lllSTOlllE SOCIALISTE 877 mises au, principes conslilulionnels prenneal une marche grave, fière , imposante, la seule qui convienne au~ législateur, d'u11 grand Empire. (Vifs applaudissements dans une partie de (Assemblée el dans les lribunes.) Que les pouvoirs C<'nslilués se respectent pour se rendre respectables el qu'i ls se prèlent un secours mutuel au lieu de se donner des entraves; et qu'enOn on reconnaisse qu'ils sont distincts el non ennemis. li est temps de montrer aut nations étrangères que le peuple français, ses représentants et son roi ne font qu·un. •(Vifs applaudissements.) EL il termina par ces paroles à la fols ambiguës el flalleuses : • Pour moi, Messieurs, c'est vainement qu·on cbercherail à environner de dégpOl l'e,ercice de l"aulorilé qui m·esl conOée. Je le déclare deva nt la France en li ère : rien ne pourra lasser ma per,évérancc, ni ralentir mes ef fort,. Il ne tiendra pas à moi que la loi ne devienne l'appui des ciloycns el l'clîroi des perturbateurs. (Vives acclamations.) Je conserverai Odèlemenl le dépôt de la Conslilulion el aucune considération ne pourra me déterminer à souffrir qu'il y soit porté atteinte; et si de, hommes qui ne veulent que le désordre el le trouble prennent occasion de cette fermeté pour calom11ie r me, intentions, je ne m'abaisserai pas à repousser par des paroles les injurieuses défiances qu'ils se plairaient à r6pandre. Ceux qui observent la marche du gouvernement avec un œil attentif mais sans malveillance, doivent re con natlre que jamais je ne m'écarte de la ligue conslilulionnelle et que je sens profondément qu'il est beau d'tfüe le roi d"un peuple libre.• Les applaudissemeitls se prolongent pendant plusieurs minutes. Plusieurs membres font enlC11dredans l'Assemblée le cri de : Vive le roi des Françaii ! Ce cri est répété par les trib1mès el par un !)rand 11omb1·ede citoyens qui sëtairnl introduit s dans la salle à la mile dit roi, el qui s'étaient plac,ls dan~ /"extrémité de la parlie droite. Les tribunes des deux extrémités de la salle et les membre s de l'Assemblée placés à (extrême gauche ont !Jardé le plus profond silence.) En vérité, c'était bien Joué et le sémillant aventurier qui avait soufflé ce discours au roi avait fait largement les choses. Le langage royal était assez populaire et décidé dans le sens de la Constitution, pour que l'importun souvenir de Varennes parOt se dissiper. El la lactique nouvelle 6lalt bien défi nie: conquérir décidément la popularité en paraissant suivre, ou même devanc er le mouvement belliqueux des esprits; limiter étroitement la guerre; mettre hors de c.iu,e !"Empereur d'Autriche el affirmer ses bonnes intentions; ré,er 1•er l'ultimatum aux petits princes du Rhin el avoir ainsi une guerre béni gne, mais qui tromperait l'appétit de mouvement de la nation et qui permettrait au roi de prendre le commandement des troupes. Jusque-là le ro i el Narbonne marchaient d'accord. Au delà, leur pensée secrète bifurq111i t; le ministre croyait qu'il sumrail du prestige ainsi conquis, pour reviser la Coo&Ululion; le roi s'obsllnait à penser que le concours des puissances,

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