Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

IJIS'l'OIRE SOCIALISTE 875 jour redevenir assez forte pour prouver à tous ces gueux que Je ne suis par leur dupe! » Ainsi l'iulrigue de trahison et de mensonge se compliquait à cette heure prndigieusem~ut. La Cour, en effet, va pous,er la simulation révolutionnaire j\1squ'à accepter la guerre. El même, elle 1•afaire de la guerre sa politique. Elle se prend à espérer que le roi pourra ainsi se mellre à la lêle des troupes el bientôt contenir la Hévolulion. c·esl le nouveau ministre, Xarbonne, qui fait arlopler à la Cour celle Lactique qni sécluisail son ambition d'aventurier. li aurait ainsi gloire el popularité, puisqu'en marchant contre les émigrés il flattait la pa,,ion des patriotes, el bientôt, prolllanl de ce preslige pour établir en France une sorte de monarchie tempérée à la mode anglaise, il apparaissail comme le restaurateur de l'autorité royale et le modérateur de la liberté. nève insensé, car après avoir déchainé la guerre el surexcité la passion révoltilionnaire, comment l'aventurier aurait-il pu mallriser les événements? L'esprit du roi el de la reine était si désemparé qu'ils cédèrent pourtant à ces illusions et à ce conseil, et dès le milieu de décembre, la politique de la guerre rnbit une ré,olution : ce n'est plus la guerre de la Gironde qui s'annonce, c'est la guerre du roi et de la Gour. Sur les intentions el les conceptions de :Sarbonne, le doute n'est pas possible. Bien des années après, en des prnpos que M. \ïllemain a recueillis, il disait : « L'armée, une fois formée, pouvait èlre pour Louis XVI un appui libéraleur, un refuge d'où il aurait soutenu la majorité saine et intimidé les clubs, comme l'essaya el le voulut )!.'de Lafayette, mais trop tard el lrop isolément. » li semble bien que c'est entre le 7 décembre, jour de son entrée en fonctions, el le 11 décembre, que Narbonne éblouit et entraina dans le sens de la guerre le roi el la reine. Louis Blanc cite, à la date du 6 déccmlire, une lellre de Marie-Anloinetle à Mercy où tout le plan belliqueux de la cour est exposé. C'esl Je texle, aux trois quarts faussé, d'une lettre du 10 décembre. Louis Blanc a élé indui1 en erreur par une publication ine,,acte el même frauduleuse. Dèsl'entrée de ?\arbonne au ministère, lllarie-Anloinette mettait vaguement en lui q11elque espérance; elle pensait surtout qn'il pourrait servir de lien entre les constitutionnels el la Cour; mais il -ne parait pas qu'il eO.l encore enlra1Jlé le roi et la reine dans ia (actigue de la guerre. El même, lorsque le 7 décembre Narbonne parnt pour la première fois à rAssemblée, lllarie-Anloinelte en parle awecdé.favenr : • M_. de Jia~bonne, écrit-elle à Fersen, a fait à son entrée à l'A$Semhléenn discours d'une plaliituàe peu croya!Jle pour un hOlllme d'{lspril. » Mais le i4 décembre, c'est 1me tonie antre ullure. IJe roi se rend à !'AS· sem blée pour répondre au message du li() novembre. Tous les ministres

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