Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

874 IIISTOIRE SOCfALISTlll aigle comaine, devenue une aigle impériale, ~mportera dans ses serres la nholution meurlrie 1 Pendant que sur la question de la guerre les révolutionnaires commençairnl à se diviser el qu'un peu de réflexion contrariait l'entrainement aveugle de, premiers jours, que faisait la Cour? li y avail à ce moment-là un changement de ministère. Nous avons déjà vu que Montmorin, effrayé par les responsabilité, croissantes de son rôle ambigu, avait annoncé sa démission. Le 29 novembre, le jour môme où l'Assemblée décidait la démarche auprès du roi, Louis XVI annonçait à la Législative quïl avait remplacé aux affaires étrangères lfontmorin par Delessart, auparavant ministre de l'intérieur, et qu'il avail appelé au ministère de l'intérieur Cahier de Gervillê. Le ministre de la guerre Duportail, effrayé aussi, annonçait sa démission le 2 décembre, et élail remplacé le 7 décembre par M. de Narbonne. Nous savons déjà que la Cour n'avait pas pu ou n'avait pas osé mellri, dans le ministère, el nolammenl dans celui des alîaires étrangères, des hommes à elle, dévoués à sa politique occulle. Cahier de Gerville, qui élait appelé à l'intérieur, 6lail un révolulionaairc conslilutionnel modéré, mais assez ferme:. Le mouvement de la Révolution se communiquait nécessairement aux choix ministériels faits par le roi; el voulant ruser avec le peuple révolutionnaire, il évitait de prendre des ministres donl le nom fùt un défi. Mais il n'y eut que le choix du nouveau ministre de la guerre, de Narborme, qui eut quelque influence sur les événements. c·étail une sorte d'intrigant el d'aventurier d'ancien régime jeté à demi dans la Révolution : une sorte de Dumouriez sans l'éclair du génie ou de la fortune. La Cour n.e l'aimait pas et même le- mépri,roit; il était ou avait été l'amant de la Jeune M-de Sial!!.,fille de Necker, qui dépensait avec les hommes politiques le feu de son esprit, et avec les hommes d'épée le feu de son tempérament. Elle p'édantisail avec éloquence sur la Constitution, et Marie-Antoi. nelle avail contre elle une double haine de reine et de femme. Efle écrit à Fersen, le 7 décembre : « Le comle Louis de Narbonne es( enfin ministre de la guerre d'hier; quelle gloire pour ltm• de Stail! et quel plaisir pour elle d'avofr toute l'armée ... à elle/ » , Mais elle ajoute : « li pourra être utile, s'il veut, ayant assez d'esprit pour rallier les constitntionnels et bien le ton qu'il faut pour parler à l'armée actuelle ... Mais comprenez-vous ma position et le rôle que je suis obligée de jouer toute la Journée? quelquefois je ne m'entends pa~ moi-même:, et je suis obligée de ré0écnir pour voir si c·est bien moi qui parle; mais que ,-oulez-vous? Tout cela est nécessaire, et croyez que nous serions encore bien plus bas que nous ne sommes, si je n'avais pas pris ce parti tout de su ile; au moilts gagnomnous du temps par là, et o'est tout ce qu'il faut. Quel bonhear, al je puu un /

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