Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

8i0 lllSTOII\E SOCIALISTE nalion~le. • ( l'i/s applaudissements proloTl{Jésda,u la sall4 el dans les trib1111es.) Il y a, en ce discours d'Jsaard, un élonnant mélange d'hêrolsme et d& rodomontades, d'enthousiaime s1cré pour la liberté et de griserie militaire, d"amour de l'humanité et de forfanterie nationale. Ce n'est pas encore la guerre systématique de propagande : on annonce qu'on respectera le& " constitutions de;; autres Empires •; mais lsnard s'anime si rorl ea 1>arlant de la guerre des peuples contre les rois, qu'il esl visible qu'il la désire. EL il ne songe pas un moment à se demander si la liberté ainsi portée au monde non par la puissance de l'exemple, mais par la brulalilé des armes, ne _se changera pas bientôt, pour la France et pour le monde, en une immense servitude militaire. Il célèbre déjà·• les lauriers de la victoire • qui couronneront les héros de la liberté; il n'entre10it pas le front de César qui, un jour, s'ombragera 5eul de ces lauriers. El puis, quelle disproportion entre la véhémence de ce langage el !"état réel des choses en Europe! JI semble, à entendre lmard, que le sol déjà soit envahi; et pourtant il n·est pas certain, à celle heure, qu'a1•ec une grande vigueur de politique intérieure el une grande habileté diplomatique, la ~•rance ne réussisse pas à éviter la guerre, à sauver tout ensemble la liberté el la paix. liais les esprits perdaient Loule mesure : Brissot pouvait se féliciter de son rouvre. Un de ses adversaires a dit de lui qu'il excellait • à allumer la paille •· L'imagination un peu vaine d"lsnard, !"ardente paille de Pro\'ence, s'était allumée en ellet, et celte • paille allumée •, emportée au loin en un tourbillon de paroles, d'enthousiasme, d'héroisme et de vanité, va mettre le feu à l'uni1·ers el dévorer hienlOl la liberté elle-même. L'Assemblée adopte à l'unanimité le projet de décret nouveau apporté par le comité ; el à l'unanimité aussi, elle charge son président modéré, Vienot-Yaublanc, de lire au roi une vigoureuse adresse qu'il avait rédigée, Tous les partis semblaient marcher à la Coisvers la guerre. Pourtant, les démocrales commencent à enltel'Oir le péril. Robespierre, rentré d'Arras, prend la parole, le 28 novembre, au1 Jacobins. li se sent tout à coup enveloppé d'une atmosphère surchauliée, et n'ose pas combattre directement la politique de guerre. Peut-être même, surpris par la violence du moU1·emenl soudain qui, pendant son absence el en quelques semaines, ;"était déchainé, Il n'a pas encore pris parti. Mais il est visible qu'en loul cas il a démêlé d'emblée ce qu'il -, nail dans la politique de Bris:sot d'incohérence et d'hypocrisie. Incohérence,s'il s'imagine qu'il sufllra, pour dissiper les inquiétudes et rlllén!ner l'laorizon,

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