Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

II!STOIRE SOCIALISTE mélange admirable et trouble d'eultalion héroîque et d'énervement. La France de la Ré1olulion élait prèle à jeter uu défi au monde pour défendre sa liberté; elle était prèle, suivant le, paroles mêmes de Rühl, • à s'ensevelir sous les ruines du temple • plutôt que de livrer son droit. Elle ,·oulait luller, oser,• dussent même toutes les puissances de l'enfer s'armer contre elle, pour la replonger dans le gouffre affreux de l'esclange •· .Mais il lui manquait une forme suprême du courage : l'héroïsme tranquille, qui attend l'évidence du danger el qui ne se hâle pas 1ers le péril par une sorte de fa,cinalion maladive el de fiévreu.,e impatience. Il y ayail comme une bàto d'en finir qui .uppo e un admiral,Je élan des forces morales, mais au,si un commencement de trouble. Ah! quel service incomparable aurait rendu à la France l'homme ou le parti qui aurait su lui maintenir celle animation hérolque, mais en lui donnant plus de patience et de clairvoyance ! Mais il élail peul-êlre au-dessus de l'bumnnil6 que toute une nation elll celte admirable SJgesre dans celle admi1ablc fcrnur el cette parfa'.te possession de soi-même jusque Jans l'ardeur sublime de se donner. Le 20 novembre, deux jours après le discours de Oaverhoull, le Comité diplomalique, entrainé par l'animation croissante des esprits, se rallia à la motion Da,erboull. Il en sentait pourtant Je danger et il essa~·ait de l'allénuer un peu : li demanda qu'on ne sommât point les électeurs du Rhin d'avoir à disperser les rJs,cmblemenls dans le court délai de trois semaines. • li n'a pas paru sage à l'Olre comité de recourir, dès à pré,eol, à des coies me11aça,llesel offensantes a\'anl d'a1oir épui-é celles d'honnêteté que l'usage a consac,ées entre les nations. • Un pareil procédé serait d'au/a/li moins j11stc qur 1w11scroyom pouvoir a11nuncer auc certitude qu'un grand nombre de pri11us el d'Etats de l'Empire ne demanderaient /J/1> mieux que d'iJtre débarrassés de ces (uqiti(s qui les molestent, el qu'ils so,11e11x-11~111es à sou!)irer après le moment où le calnu- re11aflrasur nos (ro11tières. • C litait la ,érit6 même, mois que ,igniflail alor. tonl cet appareil de menace el de drame? Elrange tentation de solliciter la nuée dormante Jusqu'à ce que l'éclair de. la guerre ail jaili. El que pouvaient ces timides réserves à l'heure où les esprits ,Pmblaient se charger d'électricilé T !.nard, une fois de plus, s'abandonna à son enthousiasme guerrier, et jamais il ne fut plus éloquent, jamais aussi il ne fut plus dangereu.,. Déjà ce qni va se mêler bientôt d'orgueil brutal, de nationalisme guerrier à la Révolution française éclate dans sa parole: on diraiL, à l'entendre, que la Révolution A bérilé de la superbe de Louis XIV : il parle d'affranchir le monde avec ua acoeol de conquét.e et un air de supériorité : ce n'est plus ln seule

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