Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

804 HISTOIRE SOCIALISTE étourdies el inexactes qui allumaient peu à peu dans les esprits le feu de la guerre. Daverhoull poussa aussi à la guerre, dans un discours où abondent les contradictions. Sa thèse peul se résumer ainsi : Les émigrés ne sont enr.ore ni très nombreux, ni très dangereux; mais leur parti peul se grossir, el ils peuvent devenir un péril, s'ils dirigent une attaque imprévue contre la France, en un moment où celle-ci·serait déchirée inlérieurement par les factions. Les puissances étrangères sont dil isées nolammenl par la question de Pologne, mais le jour où l'impunité des émigrés les aurait persuadés de notre faiblesse, le jour où la France déchirée par des luttes inlestines semblerait une proie facile, elles se réconcilieraient pour nous allaquer. Conclusion : il faut prendre l'offensive. « ·Les émigrés complenl sur les troubles intérieurs qu'ils excilent et entretiennent par toute sorte de moyens, ainsi que sur les relations secrètes quïls peuvent avoir conservées dans quelques-unes des places frontières. Soutenus par l'or étranger, en mesure pour profiler des événements et à portée d'en saisir l'occasion fal'orable plut0L qu'en force pour les faire naitre, ils inquiètent, menacent, intriguent pour augmenter en nombre et temporisent afin de saisir le moment qui leur sera propice; ,·oilà leur ~iluation militaire el leur syslème politique. li suffil de l'annoncer pour prouver que le nôtre doit être formé en sens inverse. « Tout délai de notre parlentrelienl l'inquiétude des bons citoyens, refroidit leur zèle, augmente l'espoir des ennemis secrets, occasionne des séditions et prépare à ceux d'Oulre,Rhin, cet instant favorable qu'ils guettent. • • Ne nous laissons point éblouir; nos forces ne seront respectables qu'aulanl qu'elles seront bien dirigées; mais si nos ennemis exécutaient leur plan tandis qu'elles seraient en partie employées à réprimer des séditions; si une quanlité considérable de_mécontents qui se trouvent dans l'intérieur se joignaient à l'armée ennemie; si les alarmes et le désordre paralysaient une partie !le nos moyens; si l'incertitude des points cl'atlaque avait fait prenore le change à nos généraux, si la marche rapide de l'armée ennemie avait produit de la consternation dans les âmes faibles el rendu les patriotes de circonstance à leur premier caractère; si dans cel instant il existait de la mésintelligence entre les deux pouvoirs; si dans Paris même, à l'approche de l'armée ennemie, il se trouvait des traitres soudoyés par l'étranger, quelle serait notre position? • Permettez, Messieurs, que je cite un exemple récent. Proscrit en Hol lande el sur le point d'y périr sur l'échafaud pour la cause de la liberté, j'ai vu celle cause sublime perdue en temporisations. C'est pour avoir employé des demi-moyens; c'est pour n'avoir pas écrasé ses adversaires, lorsqu'il en était temps, c'est pour s'être allachée aux effets sans s'attaquer aux causes; c'est pour avoir allendu jusqu'à ce que ses ennemis furent soutenus par une des puissances de premier ordre, que la Hollande est dans les chaines.

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