Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE 863 chef, peul mettre 4,000 hommes sur pied, si les .\Iayençals, ses sujets, sonl assei sols pour en vouloir faire la dépense; Son Allesse Sérénissime Monseigneur l'évêque de Trèves, qui peul fournir une armée de 7.000 hommes (R"res.) en y comprenant les troupes auxiliaires de Monseigneur le prince de Ncuwied, son voisin; Son Allcsse Sérénissime el Éminentissime llonscigncur Louis-René-Edouard, cardinal de Rohan, qui, abstraclion faite de 600 ou 700 brigands qu'il a l'honneur de commander en cher (Rires et applaudissements.) peul mettre sur pied une armée de 50hommes, tous gens d'élite (Rires); car c'est à 50 hommes que se réduit lout au -plus le contingent que les lois de l'Empire lui accordent. • Ce ne sera donc pas, Messieurs, à des hordes barbares, mais à des soldats de l'Eglise teutonique, tous amplement munis de chapelets et de bénédiclions, fort doux, au reste, et gens de très bonne composition que vous aurez à faire, quand Louis-Joseph de Bourbon, à la tôle de tous ses chevaliers errants, yiendra fondre rnr vous el fera marcher devanl lui la mort el le carnage. Nais, quoique j'aie lieu de supposer, Messieurs, que vous no sauriez être forl elîrayés de l'orage dont vous êtes menacés et que vous ne croyez pas assez fort pour obscurcir la sérénité du beau ciel qui vous éclaire, il n'en est pas moins vrai qu'il serait indigne de la majorité d'une grande nation comme la nôtre de souffrir plus longtemps ce feu d'opéra dont la fumée nous incommode (Applaudissements) el de nous laisser impunément injurier par d'atrreax baladins, dont l'insolence mérite le fouet. Un simple particulier peul opposer le mépris aux forfanteries d"un ~padassin, mais une grande nation doit être jalouse de sa gloire, doit punir sévèrement les téméraires qui osent lui manquer de respect, doit anéantir dans son principe le moindre germe d'opposition à sa volonté suprême, dès que cette volonté a été solennellement dénoncée à la face de l'univers, dès qu'elle a été légitimement manifestée à tous les individus qui la composent. • Ne vous méprenez pas, Messieurs, au sommeil apparent des despotes qui vous enlourenl: c'est le sommeil du lion qui guette sa proie el qui s'élance sur elle dès qu'il croit qu'elle ne pourra plus échapper à ses gril!es, ni à sa dent carnasffière. Ce Uopold qu'on vous a peint si pacifique, dont les ordres ostensibles solll si contraires aux applaudissements de nos émigrés, mais dont les ordres sec,·ets vous sont inconnus, ce Léopold ne vous pardonnera jamais d'avoir mis en pratique le principe que les rois sont faits pour les peuples et que les peuples ne sont pas la propriété des rois. » ( Applaudissements). Avec quelle légèreté, avec quelle témérité Rühl suppose ici à l'Empereur fi' Autriche un plan secret d'agression I Par les correspondances non plus seulement ostensibles, mais secrètes, qae j'ai citées, nous savons au contraire qu'il était hat des émigrés; qu'il ne voulait pas s'engager dans la lutte e, qu'il réduisait sa sœur Marie-Antoinette au désespoir. Ce sont ces suppositions

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