Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

862 JIISTOIRE SOCIAL!S1'E Le projel de décrel soumis'par lui était à la fois mesuré et vagne: • L"Assemblée natiouale, après avoir entenrlu son Comité diplomatique, considérant que les rassemblements, les attroupements et les enrôlements des fugitif; français, que favorisent les princes d'Empire, dans les cercles du Haut el du Bas-Rhin, de même que les violences exercées en di!Térents temps contre des citoyens français sur le territoire de l'évêché de Strasbourg, au delà du Rhin, soit des attentats contre le droit des gens et des contravP.ntions manifestes aux lois publiques de l'Empire, qu'ils ne sauraient non plus se concilier avec l'amitié et le bon voisinage que la nation française désirerait d"enlretenir avec tout le corps germanique, décrète que le pouvoir exécutif sera invité de prem\re les mesures les plus promptes el les plus emcaces visà-vis des puissances étrangères pour faire cesser ces désordres, rétablir la tranquillité sur la fronlièrcl et obtenir des réparation; convenables des outrages dont les citoyens de Strasbourg ont été plus particulièrement les victimes. • , Modéré, ai-je dit, et d'intention pacifique, dangereux pourtant, car c'était la voie ouverte ù tous les hasards. Il n'y avait à ce moment-là qu'une chance de paix, c·étail de dire: « Négligeons, dédaignons les intrigues des émigrés, ne nous engageons pas. pour les atteindre dans des négociations qui peu,·enl conduire à la guerre; préparons-nous seulement à nous défendre, el donnons à la Hé\Olution une grande force au dedans : l'écume de l'émigration se brisera contre ce roc. • Voilà le langage de la paix; tout le reste, même sous les formes les plus modérées, était, qu'on le voulO.t ou non, amorce de guerre, germe de guerre. Mais le 6 novembre _iln'y avait pas encore, chez les démocrates, un parti de la paix. L'absence de Robespierre, le silence de Marat sur les choses du dehors duraient toujours. C'est pourtant à ces débuts incertains de la politique belliqueuse qu'il aurait fallu s'opposer d'emblée : la modération même des premières formules et des premières démarches ne servait qu'à aggraver le péril en le déguisant. Déjà le Z7 novembre, Rühl el Daverhoull haussent le ton, et c'est l'amour-propre de la nation qu'ils s'appliquent à aiguillonner. De plus, tandis que Brissot tenait encore compte, dans son discours du 21 octobre, de l'état complexe des choses el des esprits, ne peignait qu'une Europe à demi belliqueuse, Rühl et Daverhoull, tout en raillant l~s émigrés, dénoncent les desseins guerriers des souverains et surexcitent les alarmes par des affirmations que nous savons aujourd'hui plus qu'à moitié fausses. Rühl dit à l'Assemblée : • 11n'y a donc, Messieurs, dans toute la vaste étendue de la Germanie que trois prêtres, qui se préparent à lancer la foudre conlre vous el à convertir la .Prance entière en un monceau de cendres, el après avoir exterminé la race des mécréants dont la surface est couverte. Son Allesse Éminentissime Monseigneur le baron d'Erthal, archc-véque-électeur de Mayence qui, de son

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