Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALISTE 731 par la foule de ces députés réfractaires qui ont fait d'avance leur protestation contre Ioule espèce de constitution ; mais, Messieurs, représentants d'un peuple géné:-e1u el confiant, rappelez-vous que les deu, cent trente protestants (les députés de la droite qui avaient déclaré, après l'arrestation du roi, , qu'ils ne prendraient plus part aux délibérations) n'avaient plus de voix à l'As~emblée nationale; que le décret est don~ nul et dar.s la forme et dans le fond; nul au fond, parce qu'il est contraire 1u rœu du sout·et«in; nul en la forme, parce qu'il est porté par deux cent quatre-vingt-dix individus sans qualilé. • Ces considérations, toutes en ,·ue du bien général, le désir impérieux d'éviter l'anarchie à laquelle nous exposerait le défaut d'harmonie entre les représentants et les représentés, tout nous fait la loi de vous demander, au nom de la France entière, de revenir sur ce décret, de prendre en conshléralion que le délil de Louis XVI e,t prouvé, que le roi a abdiqué, de recevoir son abdication et de convoquer un nouveau pouvoir constituant pour procéder d'une manière ,raiment nationale au jugement du coupaolc el surtout au remplacement et à l'organisation d'un nouveau pouvoir e~éculif. • Pour la première fois depuis la Journée d'octobre i 789, la partie la plus ardente du peuple s'élève contre une décision de l'Assemblée. En octobre, au moment où l'on craignait que l'Assemblée donnât au roi le veto absolu, les démocrates aussi disaient que sa décision serail nulle, parce que les représentants de la noblesse el du clergé, qui formaient la moilié de l'Assemblée, n'amient pas le droit de décider au nom de la Nation. Celle fois, c·est parce que les dé1i'ulés de la droite, après avoir annoncé qu'ils ne voteraient plus, avaient cependant pris part au scrutin sur l'inviolabilité du roi. que les Juristes de la démocratie contestaient la validité du vote. Pendant que la pétition se couvrait de signatures, sans désordre d'ailleurs el sans cris, la municipalité, réunie à I' llôlel-dc-Ville, étail dans le plus grand émoi. Le matin, sous l'autel de la Patrie, deux hommes avaient été trouvés : ils s'étaient cachés là probablement avec une pensée égrillarde, dans l'espoir que des femmes monteraient aux marches de l'autel. Découverts, ils furent tués par le peuple, qui les soupçonna d'avoir voulu pratiquer une mine sous l'autel de la Patrie. La nouvelle de ce meurtre parvint, enflée el dérormée, jusqu'à la mairie. Le sang coule! L'émeute esl maitresse du Gros Caillou I La municipalité proclama la loi martiale. Le drapeau rouge, drapeau de la répression bourgeoise, fut arboré aux fenêtres de l'Hôtelde-Ville. Le maire et La Fayelle, en tète de bataillons de gardes nationaux, se mirent en marche vers le Champ-de-Mars. Ils y arrivèrent tard, vers sept heures et demie ou huit heures moins un quart, presque à la tombée du jour. La foule était nombreuse, mais calme. A l'arrivée des gardes nationaux, l'émoi, la colère aussi s'emparent du peuple. Des cris hostiles sont poussé&.

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