Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

730 HISTOinE SOC[ALISTE Elle sentait bien, malgré tout, ce qu'il y avait de factice dans la solulion adoptée par elle. Proclamer que Bouillé était le principal coupable el mettre le roi bors de cause c'était un expédient qui laissait à coup s~r du trouble dans l'esprit du législateur lui-même. Aussi, comme il arrive toujours aux pouvoirs qui ne sont pas bien contents d'eux-mêmes, l'assemblée voulut imposer le silence et lrailer comme des factieux tous les protestataires. Dans la séance du i6 juillet elle manda à sa barre les officiers municipaux, les accusateurs publics, les ministres: et elle leur donna l'ordre de réprimer avec vigueur toute agitation. Le maire Bailly ful spécialement appelé, el plusieurs députés se plaignirent que la veille et le matin même la municipalité eôt manqué de fermeté. Funestes reproches qui contribuèrent sans doute beaucoup aux tristes évériemenls du lendemain. Les Cordeliers avaient décidé en efiet de porter au Champ-de-Mars une pétition plus énergique. Les Jacobins; envahis, la veille, au soir, par un flot de manifestants venus du Palais-Royal, s'étaient séparés sans prendre de décision ; mais le peuple, dont ranimation croissait, alla, en assez grande masse, au Champ-de-Mars: toute l'après-midi, la pétition se couvrit de signatures. Elle était ainsi conçue : « Sur l'autel de la Pairie, le i7 juillet, l'an III (de la Révolulionr « Représentants de la Nation, • Vous touchiez au terme de vos travaux; bientôt des successeurs, tous nommés par le peuple, allaient marcher sur vos traces sans rencontrer les obstacles que nous ont présentés les députés de deux ordres privilégiés, ennemis nécessaires de tous les principes de la sainte égalité. Un grand crime sc commet : Louis XVI fuit; il abandonne indignement son poste; l'Empire est à dcu~ doigts de l'anarchie. Des citoyens l'arrêtent à Varennes; il esl rame11é à PJris. «'Le peuple de cette capitale vous demande instamment de ne rien prononcer sur le sort du coupable sans avoir entendu l'expression du vœu des quatre-vingt-trois autres départements. • Vous difiérez. • Une Coule d'adresses arrivent à l'Assemblée; toutes les sections de l"Empire clemandenl simultanément que Louis soit Jugé. Vous, Messieurs, avez préjugé qu'il était innocent el inviolable, en déclarant, par votre décret d'hier, que la Charte constitutionnelle lui sera présentée alors que la Constitution sera achevée. • Législateurs, ce n'était pas là le vœu du peuple, el nous avions pensé que votre plus grande gloire, que votre devoir même consistait à èlre les organes de la volonté publique. • Sans doute, Messieurs, que vous avez été entrainés à celle décision

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