732 IIISTOIRE SOCIALISTE A bas le drapeau rouge ! A bas les baronnettes I Quelques pierres sont jetées; au témoignage de Bailly, un coup de pislolel est Liré : la balle effleure le maire el va percer la cuisse d'un dragon. Effrayés ou irrités, les gardes nationaux font feu sans prendre le temps d'adresser au peuple les trois sommations légales. Bailly assure que, celle première fois, ils tirèrent en l'air et que personne ne fut blessé. li esl étrange que des hommes qui avaient assez de sang-froid pour tirer en l'air n'en aient pas eu assez pour allendre les sommations légales. Le peuple, exaspéré par celle décharge, jette de nouveau des projectiles, el la garde nationale fait feu. Au dire des démocrates, plusieurs centaines d'hommes el de femmes tombèrent dans ce que Marat appela le • gouffre infernal du Champ-de-Mars•· Bailly, dans son rapport du i8 juillet à la Consliluaule, n'avoue que onze à douze morts el une dizaine de blessés. Il y eut, en tout cas, une large effusion de sang. Ce ne fut point là, à proprement parler, une bataille sociale de la bourgeoisie et des prolétaires, car c·esl une fraction de la bourgeoisie qui avait rédigé la pétition, et la question de la propriété n'était point posée. Pourtant il est certain que la bourgeoisie possédante élail du côté de l'Assemblée nationale et que le peuple ouvrier était sympathique aux pétition naires. Il y a donc bien en celle triste journée un commencement de lulle de classes, quoique du sang bourgeois ail coulé pour la République en même temps que le sang ouvrier. La stupeur de la France el de Paris fut grande, el grande la douleur. Mais on se trompe si l'on croit qu'il y eut une indignation générale contre la municipalité et contre l'Assemblée. Au contraire, c'est contre les pétitionnaires surtout que se souleva, à ce moment, le sentiment public de la France révolutionnaire. L'autorité morale de l'Assemblée élail encore immense, même dans le peuple. La vigueur qu'elle avait montrée dans les jours qui suivirent le départ du roi, le rôle souverain qu'elle avait joué, tout avait ranimé sa popularité. Elle apparaissait comme le pouvoir nécessaire jusqu·au jour où la :Salion aurait constitué une autre Assemblée. El comballre ses décrets, une fois rendus, semblait une grave imprudence. Quelle garantie resterait à la Nation si les révolutionnaires eux-mêmes attaquaient la Constitution? Ne devaient-ils pas la respecter jusque dans ses fautes pour avoir le droit d'en imposer le respect aux nobles, aux prêtres réfractaires, à la cour, aux émigrés, aux tyrans 7 Aussi l'avant-garde courageuse el républicaine formée par les Cordeliers fut-elle désavouée, assez piteusement d'ailleurs, même par les démocrates. Le i8 juillet, dans la séance de l'Assemblée où Bailly vinl en personne raconter le drame de la veille et rejeter toute la responsabilité sur le peuple, pas une voix ne s'éleva pour protester : ni celle de Prieur, ni celle de Pélion, ni celle de Robespierre. Bien mieux, le président Charles de Lamelb, au nom même de l'Assemblée, félicita la municipalité el la garde nationale :
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