Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

ll!STOIRE SOCIALISTE 719 contre lui une condamnation. En fait, la tentative du roi n'avait pas abouli : il lui était pe,mis de dire qu'il n'avait pa~ voulu quitter le royaume; les étrangers n'avaient pas mis leurs troupes en mouvement; le, négociations de trahison conduites par le roi avec les souverain, de l'Europe étaient inconnues; ainsi, l'énergie du sentiment national, qui, au 10 ao0t 1702, emporta la royauté, complice des premières défaites, n'aurait pas suffi à la fin de ii0t, et en pleine pai~, à refouler les vieux instincts monarchiques. Dès lors, le procès ne devenait-il pas dangereux et n'aurait-il point pour unique eflet de ramener au roi les sympathies? Cette crainte secrète para• lysait à coup sO.rles démocrates de l'Assemblée. De plu•, l'idée de la République était toule nouvelle. l'ons comprenaient bien qu'il ne pouvait s'agir ni d'une république comme celles de la Grèce et de Rome, fondées sur l'esclavage, ni d'une répu!Jlique aristocratique comme celle de Genève. L"e~emple d'un pays neuf comme l'Amérique ne pouvait non plus ètre in10qué. C'est donc une République rnns précédent quïl s'agis,ait de créer: et la plupart des ré10lutionnaires reculaient dernnt cette entreprise incertaine et obscure. Voilà pourquoi rassemblée vota la mise hors de cause de Louis XVI et se prépara tout doucement à lui rendre le pouvoir à la seule condition qu'il voul0t bien accepter l'ensemble de la Constitution re1ioée . .Mais, malgré tout, la secousse tut rorte: et on peul dire dès ce jour que le roi et la royauté n'ont plus une seule faute à commettre. La suspension de l'autorité royale esl, en fait, un premier essai du régime républicain. L'idée de République est po,ée. Quelques grands esprits commencent à la formuler nettement; et si le peuple n'est pas encore nettement républicain, du moins, est-il prèl à suivre jusqu'à la Répüblique le mouvement de la RéYolution. Brissot mêlait à ses idées républicaines trop d'intrigues, trop de combinaisons à échappements multiples. c·est lui qui avait suggéré à Pélion l'idée bizarre du conseil exécutif. Ce qui est plus remarquable c·est que dès celle époque il s'appliquait à préparer l'opinion à ne pas redouter l'intervention étrangère. Il disait aux Jacobins dans la séance du 10 juillet: « On ne peul mettre, disent les comités, le roi en cause, on ne peut le juger sans s'exposer à la vengeance des puis• sances étrangères. On fait entrevoir à l'assemblée nationale un tableau effrayant des calamités que leur ligue, leur inva•ion entrainerait en ~'rance. C'est avec ces terreurs imaginaires qu'on esp~re ranger autour d"un parti honteux ou faible des patriotes sincères, mais timides el peu instruits ..... Qui êtes· vous? un peuple libre: et on vous menace de quelques brigands couronnés el de meutes esclaves I Athènes et Sparte ont-ils jamais craint les armées innombrables que les despotes de la Perse trainaient à leur suite? A-t-on dit à Miltiade, à Cimon, à Aristi(le: Recevez un roi ou vous périrez? Ils auraient ~pondu dans un langage digne des Grecs : Nous nous verron:, à Marathon, à

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==