Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

718 IIISTOIRE SOCIALISTE Je conclu,; à ce que les complices, fauteurs ou adhérents de la fuite du roi soient renvoyés à la Cour provisoire séanl à Orléans, que l'aclivité soil rendue atn corps électoraux pour choisir vos successeurs, el qu'il soit nommé une Convention nationale pour prononcer sur la déchéance de la couronne que Louis XV! a encourue." (Les applaudissements de la gauche et des tribunes recommencrlll.) C'est déjà le langage et le Londe la Convention. Vadier envoie à Marat le te1te de son discours avec prière de le publier. Qui ne croirait que l'homme qui parle du roi avec cette ,iolence est au moins préparé à l'idée de la République? Or, le surlendem in 16 juillet, le décret sur l'inviolabilité royale ayant élé adopté, Vadier déclara à la tribune : « J'ai développé hier une opinion contraire à l'a1is des comités avec toute la liberté qui doil appartenir à un repré;cnlanl de la nation. Cepenrlant je déclare que je déleste le régime républicain, je le crois subversif el inco11ciliable avec notre situation politique; mais aujourd'hui que la loi e,t rendue et quoique je n'aie pas été d"ayis de lïnliolabililé absolue du roi, je déclare qu'aulanl j'ai mis de zèle à soutenir mon opinion avant le décret, autant j"en emploierai aujourd"hui à en maintenir l'exécution, et s'il faut sacrifier ma vie pour Je défendre en bon citoyen, je la sacrifierai de grand cœur ! • ( Vifs applaudissements.) Quel agneau! Marat, exaspéré, l'accusa d'avoir reçu de l'or de la Cour. La vérité est $implement que Yadier était un homme de peu de consistance, que le courant monarchiste étail encore très fort, et que le procédurier finaud, après s'être signalé à l'attention par un coup de réclame, rentrait prudemment dans le rang pour attendre la suite des choses. Plus lard, il se ,anta de ~on discours contre le roi el se garda bien de rappeler son désayeu de la l\rpubli11ue. • Ce n'est pas sans indignation que j'ai vu ces ,ampires ,oraces, au mois de juillet i8ûi, se prosterner lra!lreusement devant ce lllannequin couronné, lor,qu'on le ramena de Varennes, pro~tituer leurs talenb à le rPmonter sur le trône, lanrtis que leur devoir était de Je conduire à l'échafaud; mais ils avaicnl besoin ùe ce monstre pour assouvir leur insatiable cupidilé . La minorité incorrompue du corps conitiluanl fui b1t111·di1e à la vue de cette i9nomi11ieusecoalition; l'énergie qu'elle avait développée dans son adolescen.ce fit place à 1111P espèce de torpeur, déplorable effet de sa caduci/1!. Je fus le seul qui eus la courageuse audace de proposer une Convention nationale pour juger ce roi parjure et fugitif... J"osai demander au nom de la nation outragée la têle de ce scélérat couronné. Je fus donc Je seul qui osai, d'une main hardie, porter la cognée sur Je colosse de la royauté, el qui owti poser la première pierre de Udifice républicain. » On sa·t ce qu'il faul penser de ces hâbleries; mais ce qui est vrai, ce qui est à retenir, c'est la "torpeur•• le défaut de vigueur)"([e l'extrême gauche démocratique ... Comment l'expliquer? Sans doute, tout en demandant des poursuiles contre Je rià, <>l.!aevait le sentiment qu'il serait difficile d'obtenir

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