Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

712 HISTOIRE SOCIALISTE a,r;: l'appui de l'étranger. lis songèrent dès lors à terminer la crise en douceur sans bouleverser la Conslilulion, sans abolir la royauté el même sans remplacer le roi. Au langage si prudent tenu par Barnave dans la séance même du 21 juin, c'est-à-dire sous le coup immédiat de la nouvelle du départ, il esl clair que dès ce moment il inclinait à œlle soluLion.11se peul, comme le disent ses adversaires, qu'il ail élé fasciné par la beauté el ému par la douleur de la reine, pendant le voyage où il l'cscorlail, mais c·esl bien dans une vue polilique, c'est bien, comme il avait coutume de le dire, pour • achever la Révolu lion• qu'il conseille à Lousses amis de mellre le roi hors de cause el de lui restituer son pouvoir. li a d'ailleurs lui même, dans ses mémoires, expliqué sa conduite el analysé, de son poinl de vue, l'étal des esprits: • L'assemblée ne se li1ra point à celle pr.\cipilation, à cette affluence de mesures désespérées qui n·annoncenl que la faiblesse; mais elle pourvut à toul el aucune mesure imporlanle ne ful omise, el lorsque, deux jours après sa disparition, on apprit que le roi élail arrêlé à Varennes, ah! combien, dans ce moment, le long travail de la calomnie ful promplemenl elTacé, combien la confiance revint rapidement à ceux donl chacun, au fond de son cœur, connaissait la sincérité, le dévouement el l'inflexible courage. Ces moments sonl ceux peul-êlre où il a élé le plus facile de distinguer l'esprit des dilTérenls partis qui divisaient la gauche de l'assemblée : Tandis que quelques-uns s'abandonnaient à leurs chimères favorites, médilaienl, dans des comités obscurs, les moyens de profiler de ces é,•énemenls pour parvenir à l'accomplissement de leurs funestes décisions..... tout le reste parut tourner les yeux sur ceux qui s'étaient rendus le plus dignes de leur eslime, el ces hommes qui, quelques jours auparavant, élaienl en bulle aux allaques des factions, se virent subitement environnés d'une confiance presque unanime el investis d'une aulorilé qui approchait de la dictature. » • Je fus l'un des lrois commissaires nommés pour accompagner le roi à son retour à Paris; époque à jamais gravée dans ma mémoire, qui a fourni à l'infâme calomnie lanl de prétextes, mais qui, en gravant dans mon imagination ce mémorable exemple de l'infortune m'a servi sans doute.à supporter facilement les miennes. • • Pour juger si ce fameux voyage a changé quelque chose à mes dispositions personnelles, il suffit d'examiner dans ma conduile ce qui le précède e' si tout esl d'accord avec ce qui l'a suivi. • • Avant le voyage de Varennes comme depuis, je n'ai pas cru un moment que cel événement inattendu dtll porter atteinte à la Conslilulion. Les preuves, les voici : i • Le jour même du départ du roi, je proposai el je fis adoplrr à la société des Jacobins une adresse à leurs sociétés affilié_es,qui finissait par ce, mols: L'~semblée nationale I voila notre guide: La Conslitutionl voilà

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