Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCJA.LISTE 701 royale ait pu quiller les 'l'uileries à onze heures du soir sans être aperçue. A la nouvelle de la fuite du roi, l'Assemblée retrocva les grandes Inspirations à la fois révolulionnaires el bourgeoises de ses premiers Jours. Elle domina son émotion el délibéra avec un calme solennel ~l presque grandiose. Sa préoccupation était double. 0-abor,1, elle voulait ra~surer le pays, prévenir tuut abattement des révolutionnaires. La confiance même qu'elle témoigna alors dans la névolution se communiqua rapidement à la nalion tout entière. L'Assemblée manda immédiatement les ministres; elle décréta que tous les arrêtés qu'elle prendrait en l'absence du roi auraient force de loi, sans qu·il rot besoin de sanction. Elle s'empara ainsi de l'autorité souveraine, el l'on peut dire qu'elle remplit l'intérim de la royauté. En môme Lempsla Constituante s'employa à calmer toute clîervesccncc popuhire el à maintenir, dans la cri~e, la primauté de la bourgeoi,ie. P,)ur cela, il fallait d·ahord couvrir Lafayette, contre lequel les soupçons les plus violents s·étevaient dan, le peuple. li était accusé d'être le complice de la fuite du roi ou par trahison ou par négligence. Un moment, sa situation fut terrible. De tous les chanliers de Paris, où les ouvriers étaient rassemblés, des cris s·étevaienl, écho du formidable article de Marat. Lafayette discrédité ou supprimé, c'était la bourgeoisie révolutionnaire modérée perdant son chef militaire: c·étail la rue d'abord, et bientôt peutèlr~ la puis•ance, livrée aux prolétaires exa~pérés. Barna\'e, qui rut en cette grande crise le vrai chef de la bourgeoisie, comprit le péril, et dès la séance du 21 Juin, se bâta, contre les insinualions de Rewbell, de défendre Lafayelle: • J·arrOle !'opinant sur les doutes qu'il a paru vouloir répandre. L'objet qui doil nous occuper dans le momentacluel, c·esl de sauver la chose publique, de réunir toutes nos forces et d'attacher la confiance populaire à ceux qui la 1,1iiritmtvéritablement. Je demande que l'Assemblée ne lai•<c pas continuer le discour, de ropinanl, cl quïl ne Foit pas permis d'élever des doutes injurieux contre deg hommes qui n·ont pas cessé de donner des preu,·es de patriotisme. li est des circon•tances dan• lesquelles il e,l fadl" de jeter des ,onpçons sur les sentiments des meilleu,·s citoyens. ( u calme se rétablit.) JI est des hommes sur lesquels ces circonstances malheureuses pourraient appeler des défiances que Je crois profondément, que Je jurerais à la face de la nalion entière qu'ils n'ont pas méritées ... ( Applaudissements.) M. de Lafayette mérite toute notre confiance; il importe à la nation qu'il la conserve, nous de- ,ons la lui marquer hautement. ( Applaudissements dans les tribu11es.) • Barnave avait élé longtemps, il était encore la veille !'ad versaire de Lafayelle. Aussi son plaidoyer parut-il aussi généreux qu'il était habile, et les défiances du peuple tombèrent presque aussilOt. Dans son lntroduction d la Révolution française, c'est-à-dire dans ses Mémoires, Barnave a écrit, en parlant de la cri&ed'impopularité qu'il traversa avant le 21 juin : • Heureu-

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