Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOIRE SOCIALISTE 683 et clrmie, le Roi fut à la me,,e; M. Bailly était venu auparavant le prévenir que son départ occasionnerait du mouvement et que le peuple paraissait vouloir ,'y opposer. Le Roi lui répondit qu'il avait décrété la liberté pour tout le moulle d'aller où il voudrait, et qu'il serait birh e,traordinairc qu'il fût le seul homme qui ne pût jouir de celle d'aller à deux lieues prenrtre l'air, et qu'il était décidé à partir. li descendit avec la Reine, )fadaroe Elisabeth, les enfants el Madame d~ Tourzel, el comme les voilures 11·avaienl pu entrer dans la cour des Princes, il voulut aller les chercher dans le C,irrousel. Sur ce qu'on lui dit qu'il y aYait une roule énorme, il s'arrêta dans le milieu de la cour des Princes, el la Reine lui proposa de monter dans la voiture qui était entrée dans la cour, quoiqu'elle ne fùt qu'une berline. lis y montèrent tous si.1., el lorsque les chevaux furent à la porte, les gardes nationaux refusèrent de l'ouvrir el de laisser partir le Roi. • En vain, )1. de Lafayette leur parla el leur prouva qu'il n'y avait que des ennemis de la Constitution qni pussent se conduire ain,i, qu'en gênant la volonté du Roi, on lui donnait l'air d'un prisonnier cl qu'on annulait ainsi tous les décrets qu'il avait ~anclionnés. On ne lui répondit que par des invectives et des assurances qn'on ne laisserait pas partir le Hoi. On se servit contre le Roi des termes les plus injurieux: qu'il était un foutu aristocrate, un bougre d'aristocrate, un gros cochon; qu'il était incapabl,• de régner, qu'il fallait le dépo,cr, el y placer le duc d'Orléans, qu'il n'!'lail qu'un fonctionnaire public et qu'il fallait qu'il fil ce qu'on voulait. Les mêmes propos se tenaient parmi le peuple; qu'il était entouré d'.1ristocrates, cle prôlres réfractaires; qu'il fallait qu'il les chas,tlt. )1. de Lafayette demanda au maire de faire proclamer la loi martiale el déployer le drapeau rouge, il s'y refusa. On lui dit qu'on s'en moquait el qu'il serait la premitlre victime. li o!Trit sa démission, on le pria de se dépêcher à la donner. li ne fut pas mieux reçu du peuple lorsqu'il le harangua. • Les détachements des grenadiers, à mesure qu'ils arrivaient, juraient que le Roi ne partirait pas; 1ilusieurs mâchaient des balles en ùisant qu'ils les mettraient dans leurs fusils pour tirer sur le Roi, s'il faisait le moindre mouvement pour partir. Tous les gens de sa maison qui s'étaient approchés de la YOilure, furent insultés par les soldats, ils en arrachèrent )J. de Duras, quoique Je Roi leur dit qu'il d,•,ait y être el qu'il était de son serl'ice; el ce ne fut qu'après leur avoir parlé longtemps, el avoir sommé les grenadiers de le rendre, qu'ils le laissèrent à la portière; il appela deux grenadiers pour leur dire de protéger le duc de Villequiers, qui y était aussi. )1. de Gcugenol, maitre d'hôtel, s'étant approché de la portière de la Reine, pour prendre ses ordres pour le diner, en fut arraché el allait être pendu, si les grenadiers ne fussent arrilés, qui tout en le maltraitant el le tiraillant l'enlraln, 1renl en lui disant tout bas: • Du moins, t•ous pourre; dire au Roi qu'il y a encore de braves gens qui savent sauver ceux qui lui sont attachés. » La Reine ,avança

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