Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOII\E SOCl.\LISTE 683 c'Hait le plan dé Mirabeau aussi; mais il voul.iit que le Roi troU1ât la force néct•ssaire à cet appel dans la Hé10lution elle-même, loyalrment acceptée et im·oquée par lui. Pas de bordes élranflères, pas de ùe~poti;me, pas de fuite vers la frvnlière et ,ers la tyrannie. Le Roi, libéré de Pari,, dc,ait s'installer au cœur même de la France et de la liberté. Or, ,·oilà <JUe, par une abominable parodie, châtimenL de ce qu'il y a,ait d'impur en ces relations secrète,, le Hoi fuyait de Paris, mai, fuyait aussi de la Hé10lution. C'e,t une c.,ricature ignorninieme du plan du ~rand tribun, mais qui en retenait assei de traits pour le dé-honorer et pour le désespérer. Si ~lira beau avait as,ez vécu pour apprendre la fuite de Varennes, il aurait été frappé a·un coup formidable dans son or,:m•,I et ùans sa ùii:nité même. Il aurait dt'! s'a,ouer qu'il arnit été dupr de la Cour, dupe misérable rt méprisée, et l'argent même qu'il avail reçu du Roi et où il affectail de ,oir le prh d'une rnrte de collaboration, !P salaire d'une sort,, de minbtère occulte, lui aurait apparu anc dégoût comme le prix de son arnuµ-lcmenl, comme un salaire d,• lrahi,on. 0 chute sali>Sante dan, l'obscur sentier soudain ùevenu fangeu, ! El aucun moyen de rclè,cment, aucune h»ue hor. de ce morne abime. facuser la fuite du Roi, lui donner ou e,,ayer de lui donner une signification nationale, c'était a,·cepter la snhslitution ùu plm de trahison au plan de libération. C'était ~oi-mème entrer dan, la trahi-on iléllnitîYc. Mirabeau ne s'y ~erail point résigne; d'un 1101,d, pour échapper à celte contagion de crime et de bassesse, il se ser,1it jeté à l'e,trémilé rél'olutionnaire. Plus d'une fois ~éjà il avait averti la Cour; si on ne l'écoutait point tout serait perdu, el il ne lui re,tcrait plus alors qu'à se saurer lui-même en se portant de nouveau à l'avanl-garùe de la Révolution, mais quoi! a1,rès Yarenne,, l'aurait-il pu·? Il était si facile au Roi, qui n'avait plus rien alors à ménager, de foudroyer llirabeau en publiant ses relations a,ec lui et le compte des sommes qu'il lui avait données. JI était facile au Roi d'attribuer ce revirement du grand ré10lutionnaire ù la suspension des mensu.1lités. Et non seulement il pouvail déshonorer el brioer llirabeau, mais il pouvait par là, frapper au cœur la Hévolulion elle-môme. Plu. tarJ, quand le peuple révoluliJnnairc du 10 août trouvera aux Tuileries la preu,e des relations de ~lirabeau avec la Cour, il ne se sentira pas humilié el dégradé, car la Révolution aura depuis longtemps déployé des forces où :.Jirabeau n'était point m,'lé, et c'est encore une victoire révolutionnaire qui forçait el livraiL au gr.,nd jour ce tri,te secret. :.Jais si, en 1791, le Roi fugitif et prenant contre la France ré\'olutionnaire le commandement des troupes étrangères avaiL pu se réclamer cyniquement de Mirabeau, il aurait pour ainsi dire porté le désespoir et presque l'infamie en toutes les âmes que la parole du grand révolutionnaire avait soulevées. • Voilà la source de votre

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