Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

682 Il!STOIRE SOCIALISTE • '.'lnu, mmmes, cbPr ami du peuple,en aLLcndanLvotre réponse, ,·o,0dèles amis les garçons cordonniers, assemblés rue Beaurepaire. Signé : « Millau au nom de ses confrères ». Ain•i, même parmi les lecteurs el amis de Marat, Je« torrent» d'admiration I our Mirabeau emportait tout. Mais ce n'est pas seulement la perte d'une gran<le force rérnlutionnaire que la nation déplorait. La plupart des hommes de la Révolution cherchaient anxieusement à celle daLele moyen de la concilier avec la monarchie, et il leur paraissait que Mirabeau, par l'ampleur et t, souple~se de son génie, par le sens monarchique et consenateur qui s'alliait en lui au sens révolutionnaire, saurait réali,er celle conciliation nécessaire. Ils sentaient en lui une puissance mystérieuse et qui n'avait pas dil son dernier mol• L'audace el lïmprévu de ses démarches politiques, la complexité de sa pensée, la soudaineté el si je puis dire, l'étendue de ses coups de foudre qui menaçaient tantôt la conspiration d'ancien régime, tantôt le désordre du mouvement populaire, m~me les bruits étranges qui couraient sur ses relations avec la cour, si souYent accablée par lui, tout persuadait aux esprits inquiets qu'il portail en lui un secret puissant, et qu'il saurait, en un creuset inconnu, fondre des éléments contradictoires. Celte sorte d'espérance vag11e et de prc•ssentiment inquiü hante encore aujourd'hui beaucoup <l'hisloriens. Les uns, conservalenrs libéraa~ comme :\1. Dare,te, se demandent si :\l.irabean aurait• sauvé la France•, c·e-t-à-dire s'il aurait su trouver et réaliser l'équilibre de l'ordre monarchique et de la liberté révolutionnaire. D'autres, révolutionnaires bourgeois, intrigants et hardis, comme M. Thiers, se demandent avec éloquence si Mirabeau aurait pu arrêter le cours de la Révolution, sur les pentes de la démocratie et de la République. « Aurait-il pu, s'écrie ~I. Thiers, dire aux agitateurs qui voulaient à leur tour l'éclat et le pouvoir : Restez dans vos faubourgs obscurs•• Ce que j'ai cité du comte de F~r,en me permet dr, répondre avec certitude: :Non, à celle date, en avril 1791, Mirabeau ne pouvait plus rien. Il n'aurait pu fixer la R~,olution dans la monarchie constitutionnelle et accorder la 1iberté avec la puissance du pouvoir exécutif royal que si le Roi amil acceplé honnêtement la Révolution, s'il avait accepté vraiment les conseils de ~tirabeau. Or il est démontré qu'en avril 1791, à l'heure où Mirabeau expirait, le Roi avait décidément adopté un plan de lutte à outrance contre la Révolution, avec le concours de l'étranger. :Non seulement le Roi ne l'avait pas écoulé, mais il l'avait méprisé el trompé, il ne l'avait pas mis ilans la confidence de son projet de fuite. Il n'avait vu en lui qu'un inslrumenl dégradé qu'on ;iaye pour une besogne subalterne el provisoire et qu'on rejette ensuite avec èM,iin. Chosé plus terrible encore pour le grand tribun égaré qui, exclu du mioislèroi, rejeté des voies éclatantes du pouvoir, s'6lait enfoncé dans la politique occulte 1 C'esLun conseil de Mirabeau que le Uoi paraissait suivre, mais en le dénaturant, en le trav~sfüsant jusqu'à la trahison. Fuir de Paris et appeler à la nation,

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