Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALISTE des usurpateurs sans autorité, et que les sacrements administrés par eux étaient sans elîet ou même étaient une parodie sacrilège. Cela jetait un trouble immense. En Vendée, comme on le voit dans l'admirable recueil de documents publié par M. Chassin, la résistance prend dès le début des allures de guerre civile et religieuse. A Fontenay-le-Comte, le 21 janvier i791, les prêtres de la ville déposent à la mairie un cahier où leurs déclarations étaient résumées en cette formule: • Je jure d'accepter la Constitulion, excepté dans les droits qui dépendent de rautorité spirituelle. • L'Assemblée natior,ale avait exigé le serment • sans préambule, explication, ni restriction •· La municipalité de Fontenay-le-Comte, quoiqu'assez disposée à transigrr, ne put donc accepter la formule restrictive des prêtres : un seul des tl'Ois curés, celui de la paroisse de Saint-Nicolas se soumit. Le ùoyen de NotreDame, Bridaull, le curé de Saint-Jean, Sabeurand, refusèrent le serment et expliquèrent leur refus devant le peuple en des prédications passionnées. Les autorités civiles timides, hésitante,, ne sévirent point, el l'ébranlement se propagea D'ailleurs elles n'avaient pas en mains de moyens légaux de répression. Dès que les nobles de l'ouest virent ce commencement de rebellion cléricale, ils espérèrent en tirer profit pour la contre-révolution. Ils alîectèrent soudain des préoccupations religieuses auxquelles la noblesse voltairienne du xvm• siècle avait été jusque là étrangère. lis essayaient de piquer d'honneur les curés. • On verra maintenant, criaient hobereaux et Demoiselles, si les curés seront assez impies pour renoncer à la cause de Dieu. • Les nobles se pressaient dans les égfües pour manifester impunément sous le cou l'ert de la religion, pour obliger les curés à. se compromellre, à s'animer, sous l'influence de l'auditoire contre-révolutionnaire qui les inspirait et les jugeait. Un observateur contemporain, Mercier du Rocher, écril dans ses notes: « Les églises presque l'ides naguère, se remplissaient à tous les offices ùe ci-devant nobles qui avaient passé leur vie dans la débauche la plus e!îrénée, s'approchant souvent des sacrements, eux qui al'aient dans tous les temps traité ces cérémonies de farces ridicules. » Comme des incroyants entrent dans une église pour s'abriter d'un orage, soudain les nobles y entraient pour s'abriter de la Révolution. Les révolutionnaires, les pàtriotes n'avaient pas d'abord pris parti: ils avaient, au début, tenté de dire, avec un certain clédain : Querelle de prêtres, comme on disait : Querelle de moines ; et leurs femmes, menées par l'haùitude, les conduisaient aussi bien à la messe du non-jureur qu'à celle du jureur et quelquefois de préférence.

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