Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

UfSTOIRE S-OCIALIS'l'E 043 • Le serment solennel que je vais déposer entre vos mains ne sauraiL donc être autre chose que l'expression sincère, l'expression constante de mes 1•œux,de mes sentiments, de mes travaux, rie ma conscience et de ma conduite. • El que prétendent ces lévites abusils ou compirateurs? Est-ce à la Constitution qu'ils en veulent? Elle est invincible. Est-ce a1irèsleurs anciennes joui,sances qu'ils soupirent et se pr/.cipitent ? Leurs efforts sont aussi vains que leurs ,·egrets. Est-ce autour de l'a,·che sainte quïls se réunissent? Elle n'a pas besoin de leurs boucliers. Est-ce Nconomie evangélique qui les éveille et leur met des armes à la main.' Quet dél,re. 1 ••• Parquet étrange conll'aste Ir< disciples d'un Dieu qui a fondé son Egli<e sur la pauvreté, l'humilité, la charité, le renoncement à soi-même, la rnwnission au souvernin et" à ses lois, la (uite de ce que le monde préconi.<e,la pratique de ce qu'il dédaigne, afl,•ctent-ils aujourd'hui une fa,tueuse opulence, 1me ambitieuse domination? • Docile aux leçons el aux exemples de mon divin maître, guidé par les pures et vives lumières qui jaillissent des sources apostoliques, pénétré des nobles sentiments cl des sublimes vérités qui illustrèrent cet âge.justement nommé l'âge d'or du cbristianisme. pourrais-je être ébranlt! par les 1•aison11ementshypocrites de l'orgueil, de la cupidité, par les arguments .,ubtils de la sclwlastique? Pourrais-je écouler des traditions profanes incertaines, ennemies du genre lwmai11? « Bien convaincu que le but de la sociét,;, m,'me ,·eliyieuse, e.<tde procurer l'avantaqr de ceux qui sont _qom·em,,.çet 11011 de ceu.r qui qouvernent, pourrais-je ne pas reconnaitre et publie,· hautement que l'.ls<embh'e nationale a mi de son droit en extirpa111/'forait, qui couvrait le champ du Seigneur, en moissonnant ce monst1·11euxassemblage d'abus et de prévariration<qui le rendaient tout à la fois informe et stérile, en ramenant lei pasteurs à l'ordre primitif, en adaptant le régime ecclésiastique â toutes les institutions de l'empire, en faisant concourir au système du bon/1ew·public l'Evangile et la liberté? » C'est comme un écho des foudroyants éclats de Luther. Les prêtres, comme on le voit par l'exemple du curé Berthou, étaient pris dans le mouvement révolutionnaire par un curieux engrenage. D'abord, sous l'ancien régime, la communauté de souffrances, de servitude el d'hwnilü.lion avait rapproché du peuple, des paysans surtout, le !Jas clergé. Les curés avaient aidé à la confection el à la rédaction de~ cahiers dirigés contre les grands seigneurs laïques et les grands seigneurs d'Eglise. Plusieurs de ces curés, comme le curé Berlhou, comme tous ces prêtres dont M. Guillemaul a relevé le nom dans son histoire du Louhannais, furent appelés aux fonctions publiques par le suffrage populaire : maires, administrateurs. Allaient-ils, soudain, quand parut la Constitution civile, rebrousser chemin? Elle leur apparut, et

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