628 II ISTOIRE SOCIALISTE grouper? el n'est-ce pas à l'Etat à intervenir au besoin clans le prix des marchandises et dans le taux des salaires? Ne vaut-il pas mieux décourager par les rigueurs légales « les accapareurs •, el favoriser ainsi la dissémination des capitaux, l'essor d'une classe moyenne où peu à peu viendraient se fondre les extrêmes? Yoilà le rêve de beaucoup des homme, de ce temps : rêve puéril 1 j'ajoute : rêve coupable I car en fermant ainsi les yeux à la réalilé déjà suffisamment nelle, ils faisaient les jeu des habiles qui, eux, n'ignoraient pas l'antagonisme croissant de la bourgeoi~ie el du prolétariat el qui s'assuraient rour la lulle, par la loi Chapelier, un avantage décisir. Mais par là, évidemment, cl non par un calcul unanime de classe, s'explique l'absence de Loule opposition à la loi si dangereuse et si étroitement bourgeoise du 14 juin 1791. Ce qu'il y a de curieux, ce qui montre bien, que la pensée prolétarienne sortait à•peine des limbes, c·esl que les ouvriers, après le vole de la loi, cessèrent toute réclamation. El non seulement ils n'osaient pas, comme nous l'avons vu, affirmer le droit de grève, mais même plus tard, quanrl l'exaltalion croissante de la llévolulion donna plus de pouvoir aux éléments populaires, même quand Chaufl!elle, procureur de la commune de Paris, prononçait des discours terribles au nom des prolétaires, nul ne songe à réclamer contre la loi du i!l juin 1701. Même Baùœuf n'a pas, que je sache, formulé une eule réclamation, une seule protestation à cet efTel. Quand Marx dit que m,·me sous le régime de la 'ferreur, ce code contre les ouvriers ne fut pas aùoli, c·est nai : mais il faut ajouter que même dans les journées où ils paraissaient faire la loi, les ouvriers n'ont jamais demandé l'abrogalion de ce code. Leur JJensée était ailleurs : ils s'accordaient avec la bourgeoisie réYolulionnaire sui· une idée, la toute-puissance ùe la loi, de l'Etat. ELl'essentiel pour eux n'était pas d'engager une lutte économique contre la force du capital : l'essentiel n'était pas de grouper les prolétaires pour résister, par la cessalion concertée du travail, aux entrepreneurs : c'étaient là, pour les prolétaires de 93 et de 91, des moyens lents, des armes débiles. li fallait se serür de la force de l'Etat, et de même que la bourgeoisie révolutionnaire en a,ail usé pour dompter les nobles, pour exproprier les émigrés et l'Eglise, il fallait en user pour assurer le hien-étre du peuple par la loi souveraine cl hienfai,;anle. Si les vivres sont trop chers, qu'on fas,c la loi du ma~imum : s'il y a du chômage, que la commune et la nation as,urenl un salaire à tou, les citoyens qui prendront part aux assemblées de section : el qu'ainsi l'emprunt forcé sur les riches nourrisse les prolétaires. S'il y a des industriels qui ne paient pas un salaire suffisant, qu'on les menace de les dénoncer comme aristocrates, et même, ainsi que firent plusieurs rèprésentanls en mission, de donner leurs manufactures à la nation qui fera travailler à des conditions plus honnOles les ouvriers, amis de la Révolution. Au besoin, que
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