IIISTOIRE SOCIALISTE 62() l'Etat donne lui-même l'exemple, en augmentant la solde des ouvriers qu'il emploie, comme firent à Toulon les représenlanls. ~lanier l'Etat, se servir de l'Elal, voil~. en ces heures tragiques, l'espoir, le rêve de la classe ouvrière, non pour créer un ordre communiste dont elle n'a point encore l'idée, mais pour défendre ses intér~ls avec la toute-puissance <lela loi. IJès lors le droit de grève devenait, aux yeux même des prolétaires, bien secondaire: cl comme d"ailleurs ce fut en 1ue de la guerre que travaillèrent, en 1703 el iî94, un nombre immense de manufactures, comme les ouvriers patriotes et révolutionnaires n'auraient pu interrompre Je travail sans livrer la. France de la Hévolution aux hordes du despotisme, comme la Convention ne tolérait pas l'ela el qu'elle avait, pour s'opposer aux coalitions, le prélexle de la patrie en danger, ce n'est pas du côté de la grève, c'est vers l'Etat obligé de compter avec eux que se tournaient les salariés. Si donc il esl vrai, comme le remarque Marx, que, même sous la Terreur, la loi Chapelier ne ful pas remise en question, ce n'est pas que l'oligarchie capitaliste el bourgeoise ail pu prolonger son pouvoir el son action pendant Loule la période révolutionnaire : c'est que dans la crise extraordinaire où l'Etat devenait loul, la loi Chapelier n'avait presque pas d'intérêt: elle n'était plus en litige : ou plutôt les assemblées révolutionnaires de seclion délibérant sur les intérêts économiques du peuple aussi bien que sur les é1énemenls politiques, l'avaient abolie de fait. Ce serait donc par une vue tout à fait élroile et incomplète de la Hévo1ulion qu'on prétend rail en résumer la signification soc:ale dans la loi Chapelier du 14 juin ii9I. Elle allesle à coup ,ùr la force de l'égoïsme capila• lbte cl de la prévoyance bourgeoise. ~lais elle ne pourra contenir le dé1,loicmenl de la force populaire: el si la Ré1•olution n'avait pas rnmbrô dans le despotisme militaire de l'Empire, ,i elle av;iit pu fonder c1·une manière durable la démocralie républicaine, le peuple ouvrier exalté par sa collaboration à la victoire révolutionnaire, mieux averti, par la pratique même de la liberté et par l'évolution économique, des nécessités de la lulle, au rail sans doute demandé le retrait de la loi Chapelier. Elle ne suffit point d'ailleurs, si égoîsle qu'elle fO.l,el malgré la meurtrissure infligée à l'espérance ouvrière, à détourner les ouvriers de la Révolution : elle ne provoqua môme pas, en 1791, un émoi bien étendu et bien vir, el les conséquences lointaines n'en furent aperçues, je crois, ni par la majorité des prolétaires, ni môme par la majorité des révolutionnaires bourgeois. Ainsi, le sourd travail et le conflit commençant des classes dans l'année 1701 n'ébranle pas assez l'ensemble du pays pour déterminer un changement de direction politique dans la Hévolulion. Une autre question, pendant toute cette même année, domine les autres
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