Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

624 IIJSTOIRE SOCIALISTE voulu leur donner. Or, dans ce cas là les ouvriers ne peuvenl faire aucune réclamation pour faire valoir leur droit. Dans cel étal de choses, les ouvriers charpentiers el tous les vrais patriotes onl droit d'attendre de la sage,se de l'Assemblée nationale, qu'elle ne protégera pas la coalition des entrepreneurs, laquelle ne tend uniquement qu'à l'oppression; oppression bien coupable en ce ce qu'elle prive la patrie de citoyens qui se distingueraient dans l'art de la charpente, si nécessaire au public, s'ils élaieut assurés d'y trouver sèulemenl des moyens de subsistance. • • Au surplus toutes les démarches qu'ils ont faites ne prouvent que leur égolsme el leur enl~lemenl de leurs anciens privilèges, qu'ils sonl ennemis jurés de la Constitution, puisqu'ils méconnaissent les droits de l'homme, qu'ils sont les plus zélés partisans de l'aristocratie la plus outrée et par conséquent ennemis du bien général. • li y a certes, dans celle pétition des ou,riers, une grande fermeté d'accent. lis dénoncent avec·vigueur la perpétuelle coalition patronale el ils font éloquemment appel aux Droits de l'homme en faveur des prolétaires. li est visible que la déclaration de, Droits a élé interprétée par la classe ouvrière comme une promesse el qu'au symbole de la Rél'olution le prolétariat a immGdialemenl attaché son espérance. )lais les conclusions posilil'es des ouvriers sont vagues. Ils sont encore loul à fait novices; et même en ce qui louche le droit de coalition et de grève, ils paraissent douter de leur droiL. Tandis que les « ci-devant mallres •• restés • les maitres», affirment avec une nellclé arrogante qu'il ne doit y avoir aucune entente, que tout concert de salariés en vue de faire hausser les salaires esl conlraire au, droits de l'homme et aux droits de l'individu, que la concurrence suppose l'isolement et que le contrat de travail doit èlre clébatlu el conclu d'individu à individu, tandis qu'ils consacre;it ainsi, avec une audace insolente, la primauté des maitres toujours coalisés de fait, sur les ouvriers dispersés; les ouvriers n'osent pas répondre clairement qu'ils n'ont d'autre moyen cle se défendre el de faire hausser leurs salaires que de se coaliser el de cesser ensemble le travail. Bien mieux, ils prélendenl qne les entrepreneurs. quand ils disent que les ouvriers veulent augmenter les salaires par la cessation des travaux leu~ prêtent des intentions criminelles. Bux-mêmes traitent de crime la grève ~yslémaliquementdélibérée, c'est-à-dire le seul moyen efficace de lutte el de salut. El dans les statuts qu'ils rédigent, dans le règlement qu'ils propo~enl aux matlres, ils s'interdisent à eux-mêmes d'arrêter le travail quand il srra prrssé, c·est-à-dire qu'ils se retirent à eux-mêmes le droit de grève juste dans lo moment où la grève peul être victorieuse. lis ne se sont pas encore rendu compte que le régime capitaliste el bourgeois où la société allait entrer, était un régime de lutte illimitée et qu'ils avaient à s'armer pour le combat. One vague espérance les anime et les exalle; ils sentent que dans la

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