Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALISTE 5!l9 dance. Les ouvriers criaient: Vive l'Assemulée nationale! et oubliant un moment les souffrances, les mécomptes, les défiances, ils s'auandonnaienl à la joie. De longues files de bateaux surchargés, apportaient aussi à Paris libéré l'ahondance et le bien-être; ils étaient couverts de feuillages, el ils abordaient aux quais pour distribuer au peuple la viande, le tabac, la bière el le ,in. - Kermesse de la Révolution, disent les Goncourt, et nous accepterions de bon cœur ce mol plantureux gai ragaillardit des souvenirs de la grasse Hollande le Paris des pauvres gens souffreteux et maigres, si les Goncourt ne cherchaient point à donner à celle fête un air de grossièreté el presque de cra· pule. Pauvres anecdotiers de la Rérnlulion Us n"ont pas sympathisé un instant avec celle large allégresse des entrailles de tout un peuple qui espère enfin manger à son app6Lit el boire à sa soif! L'Assemblée, en abolis,anl ain,i tous les impôts de consommation el en particulier les octroi;;, dont la charge él3il reportée sur la propriété, a1ail YOulu assurer la Ré1olution, donner au peuple ouvrier une satisfaction po,itive. L'abolition des octroi,, c"élail, pour le peuple des villes, l'abolition rie la dime pour le peuple des campagnes; et cela allait plu;; profondément, car la ;uppre;;sion de la dime n'allégeait que le paysan propriétaire, elle ne louchait pas le manouvrier. Au contraire l'abolition de;; octrois allégeait le fardeau des plus pauvres ouvriers et manouvriers des villrs. Ce sont ces mesures hardies qui rendaient toul à coup à la grande As,emblée révolntionnaire son prestige des premiers jours, el qui lui permettaient de fonder l'ordre nouwau. ~!ème les lois de précaution ou de répres:Jon gu·elle promulguait, la loi des citoyens passifs, la loi martiale paraissaient moins égoïstes, quand le grande Assemùlée avait su soudain par un coup audacieux, émouvoir jusqu·au fond la sympathie populaire. ~lais elle espérait en même temps que rab'.Jlilion des octroi,, en aiùanl à l'aisance générale de la vie, aiderait à la prospérité des manufacturiers; el nous allons voir, dès l'octroi supprimé, des industriels, des entrepreneurs refuser à leurs ouvriers toute augmentation de salaire, - malgré !"abondance et le caractère lucratif des travaux, en alléguant que la suppression de l'octroi équivaut pour eux à une augmentation de salaire. De sérieux conflits s"élevaient en effet, à ce moment m~me, entre patrons el ouvriers, surtout dans lïndustrie du bâtiment, el c·est de ces conflits que sortira, en juin, la fameuse loi Chapelier. D'où naissaient ces difti~ullés? el pourquoi les ouvrier. réclamaient-ils? Était-ce comme !"ont dil tant d'historiens légers, p;irce qa"il y avait, en ces premières années de la Ré\'olution une stagnation générale des affaires? et les ouvriers réduits à merci par l'insuffisance de J'ouvrage, cherchaient-ils à se faire payer un peu plus cher ces trop rares journées de travail? A priori, il n'est guère vraisemblable que œ soit dans one période de demi-chômage que les ouvriers aient demandé à leurs entrepreneurs une aflgmentalion de salaire.

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