Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

598 HISTOIRE SOCIALISTE tence d"une propriété même minime. li n'y avaiL donc aucune raison pour ne pas admettre au vole les sans propriété. L'Assemblée ne vola pas la proposition du Comité. Mais ces projets indiquent le vacillement des esprits. De plu,, l'Assemblée, en laissant aux municipalités, sous le contrôle des districts, le soin de fixer le Laux des trois journées de lra1•ail, ouvrait la porte aux influences populaires. Il surûsait aux municipalités de fixer le Laux de la journée de travail très bas pour admellre au scrutin presque tous les citoyens à la seule exception de ceux qui ne vivaient que d'assistance. Or, beaucoup de municipalités sur lesguelles le peuple exerçait de l'action, fixèrent en effet le taux ,i bas que la dblillclion des citoyens actifs, el des citoyens passifs, disparaissait en réalité. L'Assemblée résista el elle décréta que le taux ne pourrait être fixé au-dessous de dix sols par jour sans une décision spéciale de l'Assemblée. 1l ais on sent que la loi du cens esLcomme un mur qui se dégrade. A vrai dire, en appelant au vole, a·cmblée, quatre millions de citoyens, l'Assemblée s'était condamnée à aller jusqu'au sulîlage unil'ersel; la différence sociale entre un grand nombre de citoyens actif,, el les citoyens passifs élanl trop faible pour qu'une di!YérPn~e de droit polilique pO.l se maintenir. La Gonsliluanle tentera en vain de réagir, il ne s"écoulera pa,; un an après sa disparition sans que le suffrage universel soit proclamé. JI sortira tout armé, si je puis dire, de la joumée révolutionnaire du 10 août, mais il élail préparé, dans le courant même de l'année 1791, par les efforts répétés de Robespierre, el par le sourd travail des rnur.icipalilés populaires minant peu à peu la loi d'oligarchie. Ainsi, une secousse des événements fa.il surgir soudain les grandes réformes, qu'une lente élaboration el une poussée secrète avaienL amenées déjà pre>que à fleur de terre. La suppres,iun complète des octrois, volée en février 1ï91, donna au peuple des grandes I il les el notamment au peuple de Paris qui avait lenléplus d'une foi,; de brûler les barrières, une vive joie. C'étaiL une opération hardie. La Constituante abandonnait une recelle annuelle de cent soixante-dix millions d'impôts sur le sel, les boissons, le tabac, les octrois, el pourlanl, sans la guerre, la Révolution aurait cerLainemenl assuré son budget avec les quatre oonlribulions directes établies par elle. Au déficit créé par la prolongation de la crise révolulionnaire el par la crise ualionale, les assig11als pourvoiront: mais dès lors, à travers bien des rédslances el malgré bien des retards, le système fiscal de la ConsliluLion, fondé tout enlier sur l'impôL direcL, commence à fonctionner. C'est Je 1u mai que le décret abolissJnl les octrois, entre en application. n y eut comme une grande et plantureuse fèle populaire; un coup de canon liré à minuit apprit à Paris que désormais les entrées étaient libres: les convois de üvres, de vin, allendaienl aux barrières, ils les franchirent au milieu des acclamations, et la foule improvisa, avec les tonneaux de vin et les quartiers de bœuf achetés à bon compte. de larges repas d'abon-

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