Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

000 IIISTOIIlE SOCIALISTE lis se seraient plutôt portés à la municipalité en demandant du travail et du pain. Les Goncourt, recueillant quelques détails dans les journaux roJaIistes et contre-ré,·olutionnnires disent: « Le commerce est mort. .. Le commerce parisien est tué». Où sont ces nobles qui dépensaient si largement? Où sont ces prélats si élégants et si riches qui faisaient aller tout le commerce de IU\e de la capitale? • Où est celle riche bourgeoisie, dont un contemporain dit que rien ne lui échappe, ni les neurs d'Italie, ni les sapajoux d"Amêrique 11iles figures chinoises? » El certes, nous savo!ls bien le mal que l'émigration des nobles et les craintes de quelques financiers factieux faisaient à la capitale, mais, encore une fois, il est puéril d'imaginer que le noble, et le financier de contre-révolution emportaient toute la richesse. En fait, même à Paris, surtout à Paris, c'est le parti de la Ré\'olution qui était le parti de la riche,,e. Pour quelques collectionneurs de bibelots qui sont partis ou qui ont suspendu leurs achats, l'immcuse aclivité de la capitale et l'énorme puissance de consommation de sa bourgeoisie victorieuse ne sont point abolies. C'est pure fanfaronnade de noules et illusion de réacteurs de s'imaginer qu·eux seuls entretenaient le mouvement des a!faires: et quand ils disent que rien qu'à tresser les galons dorés de leurs laqu lis et à peindre les armoiries d • leurs voitures, \'ingt mille ouvriers étaient occupés qui sont maintenant sans ouvrage, ils se moquent du monde, surtout des frères Goncourt qui, candidement, recueillent ces sottises et ces vanteries. De riches consommateurs venaient qui remplaçaient les émigrês. Les mille députés de l'Assemblée · nationale créaient à Paris une force nou,elle de mouvement: des salons ré10lulionnaires s'ouvraient, des sociétés et des cercles se formaient où les riches bourgeois dépensaient sans compter. L'allrail e,tlraordinairc de la Révolution, le ~pectacle prodigieux de ce peuple passant du néant politique à la presque démocratie, amenaient à Paris, des observateurs, des curieux, de tous les points du monde : et la seule industrie du papier el de l'imprimerie suscitée par la füh•olution, aurait ,ufll sans doute à couvrir de ses progrès le déficit présumé des industries pari~icnnes. On a vu avec quelle subtilité, avec quelle ingéniosité, les entrepreneurs essayaient d'accaparer la main-d'œuvre des ateliers municipau,, el je sais bien qu'ils espéraient ainsi arnir des ouvriers au rabais. ~lais s'il y avail eu une grande crbe el un chômage étendu, ils auraient eu en dehors de ces ateliers, surabondance de main-ù'œuvre. llalliller la garde nationale si vaniteuse de ses brillants uniformes remplaçait el au delà la fourniture des linées de laquais pour les nobles ab,ents. On sait avec quelle violence Marat pousse au noir la misère du peuple pour accuser l'Asscn,IJlée nationale. Si les ateliers avaient été déserts, si de nombreux omrlers sans travail avaient été affamés cl errants dans les rues de Paris, il le dirait à chaque numéro. Or, il ne parle qu'avec réserve de la

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