Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

572 HlSTO!llE SOCIALIS'r~ un de vos décrets vous aurez prononcé le mot esclave, 1•ousaurez prononcé votre propre déshonneur. " ~lais il y avait un peu de pharisaïsme dans celle indignation. puisque, sous le nom de personnes non libres, on maintenait en elîcl la servitude des esclaves. A cette dale et dans ce débat, Robespierre n'osait point aller au delà. Et la motion à laquelle s'arrêta l'Assemblée fut aussi explicite pour rassurer les colons contre toute abolition de l'esclavage que pour accorder aux hommes de couleur libres le droit de su!Trage. La motion pr~sentéc par Rewbell el adoptée par l'Assemblée était ainsi conçue: • L'Assemblée nationale décrète que le Corps législatif ne délibérera jamais sur l'état politique des. gens de couleur qtti ne seraient pas nés depère et mère /ib,·es, sans le vœu préalable, libre el spontané des colonies; que les Assemblées coloniales, actuellement existantes, subsisteront: mais que les gens de couleur, nés de père et mère libres, seront admis dans toutes les assemblées paroissiales et coloniales futures, sïls ont d'ailleurs les conditions requises. •. Ainsi non seulement l'esclavage était continué, mais les enfants d'une mère esclave cl d'un père libre, même s'ils étaient libres, n'étaient pas admis d'emblée au droit politique. Le décret de l'Assemblée créait trois catégories dans les populations de couleur : les esclaves qui restaient esclaves; les a!Tranchis, nés d'une mère esclave el d'un père libre dont les droits politiques restaient à la discrétion des Assemblées coloniales: et enfin les hommes libres nés de père et mère libres qui, de droit étaient dans l'ordre politique les égaux des blancs. Si imparfait que !'ût ce résultat, les démocrates, les amis des noirs, le saluèrent comme une première victoire: c'était en effet un premier a!Trantbissemenl politique des hommes de couleur : l'a!Trancbissemenl social de toute la race ,iendrail ensuite. Marat lui-même ne témoigna contre le décret qu'une mauvaise humeur mitigée: el on remarquera avec quelles précautions, il touche à Ja question de l'esclavage, et, il faut le dire, avec quelle clairl'oyanle sagesse: • Ce décret, écrit-il, si outrageant pour l'humanité, mais beaucoup moins qu'il ne l'aiwait été sans la crainte de voir émigrer nos plus riches colons, (il veut parler, je pense, des riches propriétaires mulâtres) et sans la terreur dont les nouvelles d'Avignon avaient frappé les contrerévolutionnaires qui mènent le Sénat, n'aura aucun des e!Iets que s'en est promis le législateur. • Au lieu de concilier les partis, il les mécontentera l'un el l'autre. Déjà les députés des blancs transportés de rage, ont quitté l'Assemblée, bien résolus à ne plus y I aratlre. Bientôt les bommcs de couleur nés de parents asservis, les n'lirs eux-mêmes instruits de leurs droits, les réclamcroothautemenl, el s'armeront pour les recouvrer, si on les leur dispute. • • De là toutes les horreurs <lela guerre civile, suites nécessaires des fausses mesures prise, par les pères conscrits. Le devoir leur commandait impérieusement de ne pas se départir des règles de la justice el de l'humanité, tandis

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