Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCJALLSTE 5ii Quand il dil des deux classes, il veut dire de ù~ux parties ù'11nemême classe, la classe possédante el esclavagiste, qu'elle eût le visa~e clair ou foncé. Raimond mellaif hardiment les affinités ou les antagonismes de classe, au-dessus des affinités ou des antagonismes de race, Il disait aux propriétaires blancs : qu'importe que vous soyez blanc,? qu'importe que nous soyons mulâtres? Nous somrnes les uns el lr, autres des propriétaires; les uns el les autres, nous posséclons ùes terrrs, nou., po,séclons des esclaves, nous sommes donc des alliés naturels. » Quelle tri,Lesse hélas! de voir les mulâtres ainsi renier les noirs, s·orrrir au besoin i, les massacrer! Mais il faut, devant le spectacle clumonde en mouvement, vaincre ces révolles de la scusiiJililé et de la conscience. Le progrès, le dur progrès est fait de, pures el claires afUrmations de l'idée, mais aussi des calculs élroils de l'égol:;me, des intuitions incomplètes de la raison peureuse el bornée. Les hommes pusillanimes, pour se ré,igner aux grandes actions gui changent le monde, ont besoin qu'une partie au moins des conséquences de leur acle leur soit cachée. El lorsque le mulâtre Raimond rejetait loin de lui les esclaves, il servait mieux peul-être la cause de leur alîranthissement qu'en les avouant tout haut el en se solidarisonl avec eux. Ainsi vont les hommes, ne marchant vers la grande lumi~re que les ,-eu~ à demi fermés, usant leurs préjugés el leurs craintes dans des cbrmi11s tortueux, qui enfin les mènent au but. Tous les orateurs pour cm. o,·Lerlc vote en faveur des mulâL1·es, entrèrent clans la lactique de Raimond, même celui que Marat appelait déjà l'" incorruptible-• Robespierre. Il 1·ele,a avec ,•éhémence la menace des colons qui1Semblaienl annoncer une rupture si on ne consacrait pas toutes leurs pré LenLions. « Je demande s'il est bien de la dignité des légblalcurs de faire des transaclions de celle espèce avec l'intérêt, l'orgueil, l'avarice d'une classe de ciloyens? (On app /audit). Je demande, sïl e,t politique de se délerminer ~ar les rnenaces d'un par li pour trafiquer des droits des hommes, de la justice el de l'humanité. » Fier langage à coup sûr el noblement idéaliste, mais Robespierre lui-même, faiblissait devant le prolJlème de !"esclavage : « Mais, objectait le parti des blancs, accorder aux hommes de couleur l'exercice des droits politiques, c'était diminuer le respect des esclaves pour leurs maîlres ! objection absurde, car les mulàlres aussi étaient propriétaires d'eoclaves, el les traiter en quelque sorte de la même manière ç'élait rendre leur cause presque commune, » Ainsi, Robespierre, lui aussi, prenant par un autre bout le raisoonement de Raimond, insinue qu'il est habile cl polilique de séparer par un traitement di!Iérent les esclaves el les mulâtres. Le lendemain, uu député des colonies, Moreau de Sainl-JJéry, proposa por voie d'interruption de remplacer dans un texte de loi, les mots personnes non libres par Je mot esclaves. Il tenait évidemment à unP sorle <leronsécration brutale el liLLéralede l'esclavage, Robespierre s'écri, avec i nàignation . « Dès le momen l où dans

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