Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

558 HISTOIRE SOCIALISTE ucllement qu'il ne lirerait pas sur le rcur,le et son attitude avait contribué à déconcerter le plan de contre-révolution. A Nancy, les soldais se plaignirent de l'injuste ~évérité des chefs cherchant à foire expier aux soldats par des chàlimenls immérité, ou e~cess;if,, leur zèle ré,olulionnaire; ils se soule,èrent enfin, refusèrent l'o\Jéissance, ,'emparèrent de quelques-uns de leurs officiers. llouillé élail le cher suprême des troupes de la rrgion de l'Est; c'était un con~er1aleur tempéré. un conlreréYolulionnairc prur\ent. Très dévoué à la monarchie quïl avait ,er1ie avec éclat aux Aulilles dans la guerre contre les Anfrlai,, il avait pourtant ce presli~c ùc libérali~me qui s'allachait à tous le~ hommes qui arnient pris part à la guerre de lïndéJ entlance américaine. li recloulait la Révolution. il rlélestait et mépri•,til même son cousin Lafayette, coupalJle de s'être engagé dans le~ ,·oie, r:0111,•llcs. )lai,, lni-même s'appliquait à ne pas se compromellre. Il avait peu de goOLpour la noble,,c de cour frirnle, Mpcnsit'rè el étourdie: il pressentait qu'elle rerclrail le roi; cl, pour pournir le ser1·ir ullh'mNJl, il s·ap11li~uait à conserver auprè, de la hour,:coisir rérnlulionnairc ri<'l'E:-l tlfl(' cerlaine popularité. La garde nationale lui a l'ail olîrrl le commnncl,•ni.•nt; il lc refu,;a, mai- resta ~n rapport~ avec clic. li sïn;;éniait à ima~incr de perP.étucls préle.\~Cs à des mou,·cmcnls de troupes cl les ra~semlJlcmcnl, indiscrets des érni~rés de l'autre côté de la frontière lui en fuurni,saicnt abondamment. li pou,ail ainsi empêcher toute r ,miliaril,· trop étroite et prn!on~éc clcs soldat, el de la po1,ulalion ch ile sans é,•eiller h cléfiauce trop ,he ries rérnlulionnaircs. Aprè, la fêle de la Fédération, les ,oldah rlélé,:ués au Champ de l!ar5 par les régiment,; y rapporlércnl je ne sais quel fris;on de patriotisme cl de liber-té, el Bouillé sentit tout de suite que i'CS[tl'Îlde l'armée, même dans \'E,l, allait changer cl que sa tà,;be de chef de, outi au roi allait devenir plus difficile. Pourtant, il avait encore à celle date une grande aulorili' morale dans toute la région cl il put apaiser le momemenl dP Melz. L' \s,ei.. olcc, effrai l'e p1r le rnulè\emenl des soldats de Nancy, et mal renseignée sur les cafüe5 de l'agitation rendit, le 6 aoùl, un décret qui proclamait coupalJlc de haute lrahi,on tout soldat qui refuserait l'obéis~ance. I.afayelle ùé~irant prou,·er à son cousin Douillé qu'il ne pactisait pas avec « les hommes de c\é;ordre -•, envoya à Nancy un officier, l\lalseigne,'provocanl et imprudent, qui aggrava les colères. Pourtant, les soldat!, comme fascinés par le décret de l'AssemlJlée, comm~ntaient à ~e soumettre. La garde nationale de Nancy qui était de cœur avec eux cmoya des délégués à la Con,tiluanle. Ceux-ci furent entendus: ils expo,èrenl l'origine des troubles, protestèrent conlr~ \'Jtlilude rétrograde des officiers. L·Assembléc, mieux informée, décida l'envoi de deux commissaires chargé~ de dirig~r à Nancy la force publique et de porter une procla-

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