Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALISTE 557 soit porté atteinte à la liberté de l'émigration, ses adversaires essayent de l'accabler aux Jacobins : et ils lui portent un rude coup. Or, à travers tous ces déchirements, Robe$pierre chemine, avec son inflexible idéal de rlémocratie. Mais que pouvait-il, et comment aurait-il pu conduire la Révolution jusqu'à l'entière formule démocratique, si la rè,islance du roi à la Révolution n'avait déterminé des secousses tragiques? Aussi Robespierre avec une i,mdence extrême el un grand sens de la réalité, ne sortait-il jamais des limites conslitulionnelles. )lème quand il était ,aincu (et il l'était le plus souvent), même quand il n'avait pu faire atlrilJuer à la nation seule le droit de déclarer la ~uerre, même quand il n'avait pu étendre à tous les cilo)ens le droit de suffrage, même quand il n'avait pu obtenir le licenciement des officiers ou un régime colonial conlorme à la justice, toujours il sïnclinail avec un respect qui, il cette date au moins, n'est pas simulé. Camille Desmoulins lui ayant prêté, à propos du vote de l'As,emblée sur le droit de paix ou de guerre des paroi.es assez vives, il rectifie aussitôt, protestant de rnn re,pect de législateur pour les décisions légales, même quand elles sont contraires à ses vues. Et les Jacob.ins où son influence commence à grandir sont avant tout• les amis», les défenseurs de la Constitution. Si la royauté avait rnivi les conseils de génie que lui donnait ~Jirabeau, si Louis X\ï avait désarmé la déOance de la nation par une adhésion sans réserve aus principes essentiels de la Révolution, et par la pratique manifestement loyale de la Constitution, Robespierre n'aurait élé, dans la Révolution, gu·un pui,sant doctrinaire de la démocratie. li en aurait sans cesse rappelé le l'rincipe: il aurait peut-Mre empêché la Constitution de trop incliner à une oligarchie bourgeoise. )lais il n'aurait pas dirigé les é,éneruents el réalisé pleinement sa formule. Seules, la lente croissance économique du prolétariat induHriel, la lente dilfu,ion de lumière dans le peuple auraient transformé peu à pru la llé\'Olulion en démocratie. La Constituante fut cruellement troulllée par les incident, militaires lle Melz, de ~ancy el de llresl. En août iîOO, l'rlfen·escence était grande parmi les soldats de .\lel6; les officiers arnienl pris sous l'ancien régime l'habitude de con,id~rer que le soldat n'avait pas de droit; el, par dédain, autant au moins gué par rapacité, ils ,olaient littéralement une partie des fonds destinés au soldat. A lletz, la chose fut démontrée: les soldats, no11Jmanldes délégués par compagnie, demandèrent une ,érification des comptes et il fallut bien reconuallrc qu'ils étaient irréguliers. Ln contrôle plus sérieux fut étallli. Mais, au même rnolllent, de, troubles gra,cs éclataient parmi les troupes de Naucy. Un conflit politique aigu et presque permanent exblail depuis la Révolution entre les ollicicr, cl les ,olrlals du 1·égimenl de Chateaul'ieux alors en g"rni•on it :'.\ancy. Les olliciers claienl aristocrates; les soldats étaient révoluliounJ,rcs; le rô!,imcnl qui était à Paris le 1 i juillet 1780 avait signifié très

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