Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCI.\LISTE 550 malion conciliante. Mais, au moment même où ce décret élait rendu, une terrible collision avait lieu à l'i'ancy entre les sold,,ls de la garni-on el les solrlat;: amenés de ~lelz par Bouillé. Ceu~-ci, repentants jusqu·a la féroeilé, cherchèrent à faire oul,licr leur propre ré,·oll,' en écrasant leurs camarnrlrs. Le sang coul.l à flots: Louis XYI écrivit il l'.\s,emltlt'e pour e,pri ner sa joie • du rétablissement de rorJre • et l'Assemblée, sur la pro;,osition de :l.lirabeau, vola des félicitations à Bouillé. Elle, au,,i, comme le roi, se félicita du • rétablis,emenl de ror,lr~ •, N les Suis5es Ju régiment de Chaleauvieu, réclamés par la •justice• rJ,, leur pays furent condamnés à mort ou envoyés au bagne. Jamais L\"eml.Jée Constituante ne s'était montrée au'5i 1iolemmrnt • conservalrire •· Comrnenl expliquer son étal d'esprit? É,iclemmenl la q,1e,lion mililaira lui fais:lil peur. li n'y aurait eu qu·unc solnlion: lii'rnci,'r les offid,'r, tout pénétré,; de respril cranden régime el in;titnrr rlrs ufficiPrs nouveau,. Sur celle solution, chose élr.inge, ~lirahcau CL llob,•,r,icrre é:aienl d'arcor 1. ~lais Robespierre, en renrnyant les officiers d'ancien régime se préoccupait surtout d'arracher une arme à la C)nlre-ré,•olu lion . .Mirabeau se préoccupait surtout de rélahlir clans l'armée la discipline, qui était impo,,ible tant que les sol,!ats pourraient clé,1oncer haulernenl IPS principes el les menées conlre-rél'olnlionnaires des cher~. L'Assemblée, comme èpui,éc d'audace, et ne ,oulant pas d'ailleurs toucher an ~,sl~me militaire de peur d'être amrnec à étaltlir la con,;cription, n·oq pas recourir à celle me-ure néces,aire du licenciemenl. Et, d'autre part, l'incli,ci ,!illP cles rnlrlat,. même in-pirér par l'amour de la Ré,·olnlion, lui paraissait un pt\!'il doublement moi lei: mortel pour la liberté, qui serait à 11 mcrd des mumc· ments militaires; mortel pour la bourgeoisie, qui ne pourrait plus tlisposer d'une force armée obcissanle pour défendre la propriété et l'ordre lei qu'l'lle le comprenait. L'Assemblée eut peur de laisser se créer contre le régime nouveau cles précédents d'indiscipline el elle fnt implacable à ceux-là mêmes qui soutenaient la Révolution par des moyens dont s'effrayait la bourgeoisie. Mais on se tromperait étrangement si l'on croyait que celle brulalil6 de répression bourgeoise suffit à pro\'oquer contre l'Assemblée un mouvement étendu et ,H dans le pays. Hobespierre protesta; Louslalot, Je jeune journaliste des Révolutions de Paris exhala plus de tristesse que de col~re dans son article, qui fut le dernier. Il mourul le lendemain et ses amis attribuèrent sa mort à l'excès de douleur que lui avait causé ce sacri~ce sanglant. :1.J11ids,ans l'ensemble de la nation, c'est la bourgeoisie qui faisait encore à cette dale la loi à l'opinion, el la plurarl des révolulionnAires furent plus empressés à se réjouir« du rétablissement de l'ordre » qu'à d/lplorer les moyens par Jesqueb il avail élé rétabli. C'est plus tard, seulement, quand la fuite de Louis XYI à Varennes et la

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