Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

!i56 HISTOJHi,: SOCIALISTE entrer la nation elle-même? On se demande, écrivait Lostalot le lendemain, si cette journée n'aura pas fait plus de mal que de bien à la cause de la liberté. Mais ces inquiétudes si justifiées qu'elles pùssent être se perdaient dans l'immense et pure joie qui un moment réunit les délégués de toutes les provinces, de toutes les villes en une seule Ame. li est bon que des esprits pénétrants et Apres démêlent, sous le prestige des fêles et l'éblouissement de l'universelle joie, les causes subsistantes de désordre, de défiance et de violence qui le lendemain développeront encore leurs conséquences. Mais il est bon aussi que les nations en travail aient des heures d'abandon joyeux où leur torce s'exalte. Elles ne se dupent point ainsi elles-même, autant que le disent alors les esprits chagrins ou sèchement clairvoyants, car dans ces élans d'espérance et de joie peut-ôlre imprudente s'arllrment les énergies accumulées et se renouvelle le courage. La fête de la fédération malgré le silence du Roi et l'inconnu inquiétant .de ses pensées, malgré l'exubérance royaliste et la confiance un peu naïve des délégué, de la France, ajouta certainement à la force intime de la Révolution dans les O.mes, à sa force de rayonneme,ll dans le moude. ,\lais elle marque un moment d'équilibre tout à fait instable et qui va se rompre sans délai. LES PARTIS ET LES CLASSES EN 1791. Comment cet équilibre fut-il rompu? Une seule question va décider maintenant de la marche de la Révolution. Le roi esl-il disposé, oui ou non, à la soutenir loyalement? Si oui, si le roi est sincèrement constitutionnel, sïl ne pactise ni avec l'étranger, ni avec les émigrés, ni avec la partie factieuse de l'Eglise, la Révolulion se tiendra dans la voie moyenne el unie où la Constituante ra engagée: la souveraineté nationale sera affirmée sans aller jusqu'à la démocratie, et la Révolution pourra abolir la noblesse, nationaliser l'Eglise, contrôler le roi, sans faire appel aux forces populaires, Si, au contraire le roi combat, sournoisement d'abord, directement ensuite la Révolution, celle-ci pour se défendre sera obligée d'aller jusqu'à la démocratie el de faire appel à la force du peuple. Uonc, à côté ùe cette question, que veut le roi et que fera-t-il? toul le reste, à celle heure, est ,econcaire. El, pourtant, bien des embarras, bien des dillirnllés gra\'es pù.sent sur la Constituante clès la lin de 1î90, au sortir de l'éblo11is,a11le tête de la Fédér,,tion. 'roul d'abord, les rivalités des partis et des hom111e,semlJlenl s'exaspérer en elle. Nou, avons vu la lutte sourde d'influence de Lafayet!JJ et de ~lirabcau. Conlre Mirabeau, Barnave, Duport, les Lnmeth redoublent d'e!rorts, et quand Mirabeau, en mars 1701, s'oppose aux premières mesures demandée, conlre les émigrés, quand il ne veut pas qu'il

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