HISTOIRE SOCIALISTE 555 monde nouveau nous importune et nous irrite plus que les contemporains n'en furent troublés. Sur d'autres points les réserves ne manquèrent pas, quoique traduites discrètement et en sourdine. Sous l'harmonie générale perçaient encore les inquiétudes N les calculs des partis. Mirabeau eut une double et cruelle déception. D'aùord, malgré ses conseils passionnés, le Roi négligea celle occasion décishe de s'affirmer, devant la ~'rance assemblée, comme le chef de la Révolution. llliraùeau avail rédigé pour lui un projet de a;scours où Louis X\1 adhérait sans ré,erve au mouvement révolutionnaire. Il répétait au Roi qu'ain,i renouvelt'c, et nationalisée, la monarchie pou ,ait désormais délier les factions, et élevée au-dessus de ton t soupçon, rétablir la force 11éce,saire du pouvoir exécutif. Le Roi n·osa pas ou ne YOulut pas suivre le conseil de .\lirJbeau, et il se borna à prononcer la formule <lu serment sans y ajouter un seul de ce, mots qui uis,ipc11l et préviennent les malentendus. Peut-être le vote de la Constitution civile, décrétée dcu, jours auparavant empêcha le Hoi de se livrer, el il manqua cert1incmcnl la une occasion déciSi\'e qui n'avait point échappé au génie de .\Jiraueau. Désespéré de celte faute nouyclle, qui accroissait selon lui les périls de la monarchie et ceux de la Hè\'Olution, 11lirabeau élait irrité en outre du succès de Lafayette quïl délestait. La fêle, qui <ilait pour ainsi dire une revue des gardes nationales de France, seml!lait calculée pour le triomphe de Lafayette chef de la garde nationale parisienne. Or, selon 1lirabeau, Lafayette était douulemenl funeste. Il était lout lier d'avoir à protéger Je !loi et ainsi il désirait médiocrement que le Roi par sa popularité se créât une force propre. El de plus, en couvrant de sa popularité personnelle, tapageuse et vaine, l'aulorilé royale, Lafayette contribuait à endormir le Roi dans une sécurilé redoutaule. Aussi le grand politique, ble,sé à la fois dans sa conceptio11 et dans son orgueil, mêlait des paroles amères et de sombres prophéties à la grande fête qui suspendait dans la plupart des Ames, même les plus acli\'es, le souci du lendemain. Les démocrates, de leur côlé, témoignaient des inquiétudes. li leur parut que la journée avait été trop celle du Roi el pas assez celle de la na lion. Le cri de Vive le Roi! leur avait semblé dominer trop celui de \'irn la Nalion I Et ils avaient cru surprendre dans ce vaste peuple assemlJlé, expression légale el vivante de la France r6rnlulionnaire, un reste dangereux d'idolâtrie monarchique. Qui sait si le Roi s'imaginant après ces acclamations qu'il est aimé pour lui-mlime, ne se croira pas dispensé de ,erdr fidèlement la Révolution? ... Qui sail si la monarchio ne se figurera p~s qu'elle a simplement agrandi sa cour et que le principal effet de la Révolulion a été d'y faire
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