Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

I 5\8 IIIS'l'OIHE SOCIALISTE Saint-Si~gc « l'unilé de la foi •· Cc n'esl donc pas une question canonique qui c,t posée. C'est une qurslion politique. Il s·agil de savoir si la Révolution aura la force de s'imposer fü111stoules ses couvres et dans la Constitution civile ellemôme. J'entends q11el•1urfoisdes esprits « modérés » regretter que la Révolution française se soit créé à elle-môme tant cle clilficullés redoutables en donnant au clergé une Constitution civile. i\lais ils raisonnent en vérité comme s'il était po;siblc à la Révolution d'ignorer l'existence d'une Eglise qui dominait el pél1is-ait la France depuis des si~cles. lis raisonnent comme s'il était pos::ihle à la llévolulhn en affectant cette ignorance, cl'aùolir le profond conflit du principe catholique ctdcs princi1ics révolutionnaires. li n'était pas une question où la Hévclution ne fùl obligée ùe prendre parli cl où elle ne rencontrait l'Eglise sur son chemin. Pour 11eparler que clc la question des diocèses, fallail-il, au moment où la Constitution aholissail les a11cicnnes provinces et unil'ormi,ail la France, qu'elle laissât subsister les anciens diocèses comme un souvenir de la vieille France se superposant aux lignes de la France nourrlle el enlrnlenanl une espérance universelle de réaction? Au momenl où la nation se saisissail du pouvoir du Roi, il fallail bien qu'elle décidât quel usage elle ferail de la partie de ce pouvoir qui concernait l'église, ou f'allail-il laisser celle-ci indéfiniment maitresse de tout, de son recrutement, de sa prédication, des écoles, des registres de l'étal civil? Encore une l'ois la dramalique rencontre du christianisme et de la llévolulion ne pouvait être reculée. Le seul devoir de la Consliluante étail de mé11ager celle rencontre de façon à froisser le moins possible les préjugés de la masse qui se fùl lournée contre la Révolution el de façon aussi à donner au peuple à l'égard des choses religieuses des habiludcs nouvelles de liberté. C'est à quoi la Constilution civile a pourvu aulanl qu'il élail possible. En fait, la Révolution lrouvades prêlres assermenlés pour toutes les paroisses, des évèques assermenlés pour Lou, les diocèses: elle pul ainsi diviser l'Eglise contre elle-même: elle prévint un soulèvement unanime de ranalisme religieux où elle aurail sombré et elle se donna le temps d'être, pour l'essentiel de son couvre, inaltaquable el irrévocable. Mais il est visible que nous venons de loucher à une force terrible de résistance, au grand ressort ùc la contre-révolulion el nous pressentons dès mainlcnanl une suite de luttes lragiques el passionné~s qui jelleront la Révolution hors de la politique moderée el moyenne de ses débuts.

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