Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

510 ll!STOIRE SOCIALIS'I'E France, le catholicisme élail si élroilement mêlé à la vie nationale el privée qu'il en semblait inséparable. Qu'on se figure bien que le roi, jugé par eux nécessaire, avail été sacré par l'Eglise; que toute leur vie personnelle el domestique reposait sur une base catholique, que l'Eglise seule tenait les registres des naissances, des mariages, des décès, el que sauf les rares fêles données à l'avènement des rois, il n'y avait d'autres fêles, d'autres cérémonies que celles où l'Eglise déployait la magnificence du culte. Qu'on se souvienne que la royauté persécutrice avait eu pour complices les passions religieuses du peuple, que le fanatisme populaire avait même au temps de la Ligue, entrainé le pouvoir royal; el que depuis, c·e~l aux applaudissements de la multitude catholique que les protestants avaient été persécu Lés. Qu'on se souvienne encore, que dans le mouvement révolutionnaire même, une partie du clergé, sans renoncer en rien à l'intolérance systématique de l'Eglise, avait pris parti pour le peuple contre les nobles el contre l'impôt; et qu'ainsi, jusque dans son origine, jusque dans la rédaction des cahiers, la Révolution semblait môlée d'un peu d'Eglise. Qu'on note les innombrables mouvements du peuple se portanl aux Eglises pendanl les premières années de la Révolution, pour associer la religion aux grands événements nationaux; que l'on sache que le plus populaire des prédicateurs, l'abbé Fauchet, faisait publiquement profession d'intolérance, el demandait que les protestants fussenl exclus des emplois publics el des assemblées législatives, sans que ce monstrueux fanatisme coûtàt rien à sa popularité parmi les ouvriers des quarliers pauvres. Qu'on prenne garde que, dès 1790, la conlre-révolution commençail à provoquer dans les pays mlJlés de calholiques el de proleslanls, des mouvements fanatiques el qu'à ~lontauba!1, comme dans le Gard, la vie des palriotes fut en péril. Qu'on se souvienne enfin, qu'après la fu1tc de Varennes, pour bien montrer au peuple que rien de la vie nalionale n'élail perdu par le déparl ou la su,pension du roi, el qu'il n'y avail pour ainsi dire aucun vide où le destin de la patrie pût s'abimer, l'Assemblée nalionale dul prendre part toute enlière à la procession de la Fête-Dieu, dans le quartier du roi el à la place habiluellement occupée par lui; on comprendra quïl étail un peu plus malaisé à la Constituante d'appliquer la séparation comlisle du spiriluel el du temporel que ne l'imagine M. Robinel, que sa qualité de posilivisle a voué naturellemenl à la chimère. Ou bien celle séparalion de l'Eglise el de i'Elal, se serail accomplie avec une déférence toute comtiste pour le pouvoir spirituel; et l'Eglise absolument liure de son action, pouvant acquérir à son aise el prêcher à sa volonté, aurait profilé de cel énorme pouvoir pour tourner contre la Révolul10n I

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