11!STOIRl5 SOCIALlS1'E 5J9 Révolution elle-même pouvail el devail ôlre ce vicaire Savoyard, qu'elle pouvait et devail, si je pui, dire, mouler à l'aulel sans croire, mais avec le dessein de transformer peu à peu en vague croyance d~isle la Coi tradilionnelle du peuple. Ainsi la Conslilulion cil'ile élail loul à fait dans le sens du vicaire savoyard et bien loin que Rousseau pous,àt à une ruplure violenle el déclarée al'ec l'Eglise, il suggérail au conlrairc je ne sais quel arrangement sentimenlal et un peu Caux qui permetlail de concilier le respect ostensible el la pratique nationale de la religion avec un arrière-rond de rationalisme. Ce n'esl donc pas de la philosophie du ,iède que pouvait l'enir aux Constiluants la polilique de la séparation ou la politique de la déchristianisation syslématique el directe. Et l'assemblée, où les jansénistes cl les légistes étaienl beaucoup plus nombreux que les philo-ophes, élail infinimenl plus préoccupée d'arracher l'Eglise de ~'rance à la domination de Rome el cr appliquer à l'organisation religieuse elle-même le droil public de la Révolution, que de précipiler de parti prb la dis,olulion de la croyance chrélienne, ou de rompre tous les liens légaux de l'Eglise el de l'Elal. D'ailleurs, l'immense majorilé du peuple en 1780 cl 1790, n'aurait pas souffert que l'Etat, rompant tout lien avec l'Eglise, proclamât que la religion ét"il simplement une alîaire privée. li y a dans l'ordre religieux un abime enlre la cla;se oul'rière d'aujourd'hui dont une parti~ est délibérément incroyante, et le peuple de ii80. :Sepas reconna!tre celle prodigieuse dilférence des esprits et juger sévèrement rœu,re religieuse de la Con,liluanle, c'est ignorer précisément le trarnil profond de la Révolution elle-m0me. Le peuple de 1780 était habitué, par Je,; sii'cles, à considérer qu'il n'y avait pas de vie publique po;sible sans monarchie et sans religion. Et il ne dépendait pas de la Con,tiluanle de défaire en une minule, l'œuvre ,éculaire de servitude el de passivité. Il faudra des sewu,ses sans nombre, la fuite de Varennes, les trahisons répétée, des chefs, l'invasion des hordes étrangères appelées el aidées par la Cour, pour déprendre le peuple, j'entends le peuple rél'olutionnaire, de la monarchie et du roi. 11 faudra des épreuves énormes, la lutte sournoise el violente du clergé conlre la Révolution, sa complicité évidente avec les ennemis de la liberté et de la nation, ses crimes de Vendée, ses appels fanatiques à la guerre cil·ile pour déprendre le peuple révolutionnaire du clergé d'abord, du christianisme même, ensuile. Et encore, l'arrachement ne fut-il que superficiel. Quiconque ne tient pas compte de cela est incapable de comprendre l'histoire, incapable aussi de juger à leur mesure ces grands révolutionnaire, bourgeois 11uiarrivèrent en quatre année,, et en passant par la Constitution civile, à un commencement de déchristianisation de celle France si automatiquement croyante depuis des siècles. Qu'on se ligure bien qu'en 1780 cl 1790, pour pre;que tout le peuple de
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