534 IIISTOinE SOCIALISTE lemenl absurde. li esl faux qu'un commencemenl de s6paralion du pouvoir spirituel cl du pouvoir temporel ail été r6alisé au moyen :lge, par la société chrétien ne el féodale. Sans doute il semble qu'il y cill l'Eglise d'un côlé, portanl seulemenl les • saints livres• dans ses mains, el le; rois ou empereurs de l'autre côlé, portant en main le sceptre et le glaire. On peul dire, en un jugemenl très superficiel cl toul d'apparences, que l'Eglise inspirail les gouveruanls el ne gouvernail pas: et c'esl là pour Auguste Comte une première séparation du pouvoir spirituel el du pouvoir temporel. I Mais, en fail, l'Édise élail entrée à fond dans le mécani,me de la société el de la propriélé féorlale. En fait, c'élaienl des hommes d'f::;lisc qui assistaient, comme minislres, el qui dirigeaient le souverain. En fail, l'f:glise intervenail sans cesse dans le gouvernement des cho;es temporelles : el qui donc peut marquer la limile du spiriluel cl du temporel? Qui ne voit d'ailleurs qu'un pournir temporel, sans idée propre, sans conscience propre, sans philosophie autonome, serait livré cntirrrmcnt au pouvoir spirituel el que celle prétendue séparation ~es deux pouvoirs aboutirait à l'absorption clfroya!ile de l'humanité en une théocratie? Si, m(mc an moyen- age, J'hnma11ilé ne fut pas toute engloutie par l'Égli,e, rc 11·cslpoint parce que l'!igfüc n'avail pas le gou,crnement direcl des i11lérèt, temporels : c'esl J arce que les grands inlérèts temporels des empere111s, des rois et des peuples savaienl se créer un droit qui s'opposail à celui de l'Égli;e. Au fond, malgré leur apparente ,oumission au èogme, l'EmpPreur aileman 1, le roi Philippe le Ile! et les nations naissanles a,·aient (le la l'ie el de l'uni,crs une autre conception que le pape. El c'e,t pa1· là quïls ont résisté. Il n'y a pas de poul'oir temporel qui dure s'il n·est 1,as en même Lemps un pouvoir ~pirituel, c·cst-à-dire s'il n·a pas une surfisanlc force cl un sul'li,anl désir de vivre pour se formuler lui-mème en droil cl pour s'6lever à l'idée. La lh/>se de ~larx qui montrn dans les grandes conceptions juridiq11es ou religieu,cs un reflet lointain de l'ordre réel du monde csl le contrnire de celle de Comte, et clic est bien plus profon·le el plus vraie. En toul cas, bien loin que l'humanilé doive tendre comme à un idéal à la séparation du spirituel el du temporel, c'est leur fu-ion au co11lrairc qu'elle doit désirer. JI faul que toute la vie de tous les hommes, jusque dans le détail <les métiers, soit pénétrée par un idéal de justice, de science el de heaulè, el il faut que cet idéal au lieu d'èlre monopolist el inter,irot6 p1r une caste spiriluelle soit conslamment renouvelé, vivifié par l'expérience de ceux qui vivent cl agissent, par le mouvement de l'activité • lenlporelle ». Mais en vérité, comment 111.Robinet, comment les positivistes peu,enllls, à propos de l'Église de la fin du nm• siècle, parler du « pouvoir spiri-
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