Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

532 IIISTOII\E SOCIALISTE C'est donc au scrutin municipal, c'est-à-dire à l'élection directe par tous les citoyens actifs rassemblés qu'il semblait logique de recourir. L'Assemblée conslilnanle n'osa pas : elle pensa sans doule que le corps élecloral choisi par les assemlllocs primaires procéderait avec plus de gravité. Il y eut même un inslanl où le rapporleur )lartineau parut consentir à ce que l'élection des év~ques fùt faite par les curés et par les membres du corps administratif de département. Une inlervenlion vigoureuse de Robespierre Ill maintenir les conclusions premières du rapport, c·esl-à-dire l'élection par le peuple. JI faul observer en outre que, pour les conditions d'éli~ibililé pour les éYêqucs et les curés, la Consliluanle se montra respectueuse de ld trad ilion catholique. Elle ne donna pas au peuple le droil de nommer Loul d'abord évêcp,e qui il voulait. Pour être nommé évêque, c'esl-à-dire pour recevoir le droit de faire de nouveaux prêtres, il fallail déjà ôlre curé, c'esL-à-dire avoir élé ordonné prêtre par des évêques inslilués selon l'ancien mode. Malgré la fic.Lioneitraordinaire de 'l'alleyrand, malgré les illu.ïons extraordinaires des jansénistes qui considéraient la nation française de la fin du xvm• siècle comme l'Assemblée des fidèles, comme l'Eglise, dépositaire de l'esprit el de la volonté de Dieu, la Consliluanle n'osa pas faire jaillir direclemenl du sol révolutionnaire des sources nou,·elles de sacerdoce el par là la Constitution civile du clergé se dislingua essentiellement de la Réforme du xv1• siècle. Dien des délails de la Constitution civile du clergé nous semblent bizarres el Lien des historiens onl dit qu'elle a échoué misérablemenl. C'esl inexact: d'abord elle a duré sous sa forme propre ju;q,1'au 21 février 1705, c'esl-à-dire pendant quatre années, cl elle ful, au moins pendanl trois ans, réellement pratiquée: les électeurs chargés de nommer curés et évêques prenaient leurs fonctions au sérieux, assistaient sans mauvaise gril.ce {môme les plus libres penseurs) aux cérémonies reli3ieuses qui faisaient partie de la procédure électoral~, el bien loin de croire qu'ils se compromellaient ainsi avec l'Église, ils croyaient faire acte de bons révolutionnaires. Mais surtout la Conslilution civile s'est survécue à elle-môme, abâtardie, il est vrai, el abaissée, dans le Concordat. Du Concordat à la Constitution civile il y a deux grandes différences: c'est d'abord que par le Concordat l'intervention du pape a été rétablie. Tandis que la Révolution ne connaissail point de pape et arflrmait tranquillement la souverainelé du suffrage populaire aussi bien pour la nomination des magistrats d'Église que pour celle des autre, magistrats de la nation, le Concordat était le résullal d'une négociaLion avec le pape el il lui resliluail le droil d'inslitulion canonique suprême. El l'autre différence c'est que, dans le régime du Concordat, la désignation des évêques et des curés est faite par le pouvoir exéculif et non par le suffrage populaire.

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