Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

I!ISTOinE SOCIALISTE !iiO lorce de la loi cl en son nom; c'esl au nom de la loi, c'csl couvert el encouragé par elle qu'il visite une dernière fois, la ,cille des encht'res, le l,oul de vigne, le coin de pré, l'arpent de labour qu'il conv<lite. El sur le tilre de papier quïl emporte pour constater rn propri(•t{• nomelle. c'est la signature éclataute tic la loi qui esl apposée. Grande lorce pour 1,, pay-an, et qui, aux heures de péril ou de réaction. le sauveJ·a de l'hésitation cl du doute. Cc qui le soutiendra aussi, c·e,l qu'il a pour« complice,;» dans retle invasion ,lu domaine foncier les grands et riches bourg-coi, de la Yillc. lis achètent comme lui. plus que lui, les biens d'Eglisc et les hi1•ns des nr,ble,. Certes, plus <l'une fois, une douleur secrète lui a mordu le cœur: Quoi: ,·e., hean~ domaines, qui nourrissaient l'oisiveté du noble elliu moine, Yonl 1•a,,,·r maintenant à un riche hourgeois inconnu, à un gros marchanrl de la y'Jle, à un banquier! Quoi! le paysan n'aura pas encore Loule la terre ni Je m,·illeur de la terre! et des bourgeois prendront la plare de l'abhé el du sei~neur ! c·,,tait comme une ombre sur la joie des campasroes ; mais enfin, si lrs bourgeois de la ville achetaient beaucoup, il, n'achetaient pas tout, cl leur, arhals cautionnaient ceux du paysan On ne pourrait reprendre aux pay,an, les lots de terre acquis par eux saos rcprl'ndre à la riche el puis•ante bour;;eoisir, le beau domaine où elle sïnstallail. Ainsi, la bourgeoisie révolutionnaire était encore un rempart pour les paysans. Seuls, il, auraient peul-être pris peur. En compagnie de celle nourelle force bourgeoise qui s'était imposée au roi, ils 1!éliaienl l'ennemi. El en ce sens, la participation lrès large de la bourgeoisie à la grande opération des bien, nationaux a été peul-être la condition nécessaire de la participation plus moleste des pay,ans. A partir de ce jour, la bourgeobi,•, di>jà pubsanle dans l'or,lrc indti-lriel, devient en même temps une pui,,ance foncière. Elle ,\\ail déjà, comme nous l'avons vu, tout au long du xn,, el ilu xnu• siècle acquis lieaucoup de terres, mais en absorbant soudain prè, de, cinq sixièmes du magnifique domaine de l'Eglise el une large part du domaine des nobles, elle complète sa puissance industrielle el commerciale par la puis-ance agricole. Elle esl donc définitivement assise et aucune rafale de conlre-ré,·olution ne pourra l'ébranler. Quand, à la Restauration, les nobles rentreront, quand ils retrouveront crédit et semblant de pouvoir, quand ils reprendront possession de la grande partie de leur domaine que la Réyolution leur avait lai-sée, quand ils reconslilueronl leur puissance foncière, soit au moyen du milliard des éo,igrés, soit par des alliances financières a,ec des parvenus de la bourgeoi<ie, ils seront peul-élre tentés d'effrayer et de subor!lonoer de nouveau les petits propriétaires paysans, isolés CL sans grande force. Mais ils lrou,eronl en face d'eux une bourgeoisie rurale qui n'entend pas plier, et c'est ainsi que même sous la Reslauration, m6me sous le régime du cens, el sous la dorninatiou de la propriété foncière, la contre-révolulion n'eut jamais que des

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