Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

518 IIIS1'011lE SOCIALISTE per,lail, en celle familiarité de brocantage, le 1ireslige du mobilier d'Eglise el de la l(,trtlc-robc ccclésia,liqne ! Quelles onl élé les comi•qucnces sociales de celle \'8Sle expropriation du domaine foncier lie l'Eglise? _...- Je l'ai dit el je le rappelle d'un mol. li n'y a pas là, el il ne p0uvait pas y •voir une accession du prolétariat à la propriété. Cc sera l'objet d'une rutre et plus vaste RéYolulion qui se prépare et s·annonce aujourd'hui par bien des signes. La vente ré,·oluti1rnnaire des hirns d'Eglise a eu cet elTet décisif d'abattre la puissance poliliqne des forces d'ancien ri'gime en abolissant leur pui;sance foncière. Elle a fortifié la démorratie rurale, et eu con,Liluant une parlic de la propriété paysanne au moi en du domaine ecclésiaslique ou du domaine m,ble expropri<', elle a donné à la démocratie paysanne un caractère laïque el moderne. Les pai·sans propriétaires pourront devenir, au ~ens social du mol, des consenateurs. Ils pourront même rester a•liché, à lareligion caU1oliquc. lis pourront, quand la propriété individuelle leur paraitra menacée, ou quand ils seront fatigués des agitations OUYIières dt>s \'illes, se rapprochrr un moment du nohle el du prêtre; mais jamais ils ne se livreront pleinçmenl au noble et au prôtre. Entre eux el lui il n'y a pas seulement le sou\'eoir de, longue~ oppres~ions cl e,1,loilalions de l'ancien régime, de la dime ou du champart. li y a le souYenir de la grande opéralion révolutionnaire cle 1î01; le paysan a compris que sa propriété sera il précaire s'il rendait la loute-pui,-ance il ceux sur lesquels celle propriété ful conquise. De plu,, une !lerlé nouvelle élail \'enue au pa) san de celle grande expropriaUoo. Lui, si longlrmps accahlé, lui, si longtemps dépouillé, lui qui était ohligé de saluer IJien bas sur les chemins entretenus par la corvée, le carro,se du prélat fastufux ou l'équip'..ge du seigneur sui erbc, il avait mainlenanl une partie de la terre du prélat, une partie Ide la terre du seigneur ; et cela, il le possédait, chose nouvelle, en vertu de la loi. Il y a,ail eu au moye.nàge de sombres jacqueries, des révoltes de paysans alTamés ou exaspérés, IJrll.- lan l les cbO.teaux, brûlant les nobles. li y avait eu, après le 14 juillet el dans la I ériode du 1, uoOt, des rassemblements rél'Olalionnaires de pay,ans. Ils nvaient forcé la porte des ch/\leaux, les tiroirs des chartriers, les portes des armoires où s'accumulaient les parchemins de ser\'ilude. El ils ne regrellaienl point ce cou1>d'audace qui avait décidé de tout. Mais enlin ils n'naienl il ce momenl d'autre tilre <1ueleur misère, el quand cett,e exaltation serait tombée, qui sait ce qu'il adviendrait d'eux? lfainlena11tc·est la loi qui leur a livré r.e morceau de la terre des nobles, ce morceau de la terre des seigneurs. C'est l'Assemblée, élue par la nation el conYoquée par le Roi lui-mCmo qui a Mcidé la mise aux enchères du domaine d'Eglise. C'est une autre assemblée élue aussi par la nation, qui décide la mise aux enchères des biens des émigrés. Le paysan p6nèlre donc dans la cour des abbayes et des cl1tlleaux avec la

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