Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

520 111STOinE SOC! ALISTE succès apparents el précaires. Car la Tlévolulion, qui lirail sa force de la propriété industrielle el mobilière. était en outre installée puissamment dans la propriété foncière, c'est-à-dire dans la force traditionnelle de ses propres ennemis. Grande leçon pour le socialisme! Lïdée communiste a surloul son point d'appui dans le prolélarial aggloméré de la grande industrie, mais elle ne sera décirlémenl victorieuse, el elle ne donnera sa forme à un ordre nouveau que lorsqu"ell e aura trouvé, par des adaptations et des combinaisons variées ou par des conquèles hardies, le moyen de pénétrer dans le monde de l'individualisme puysan, il faut que le socialisme sache relier les deux pôles, le communisme ouvrier et l'individualisme paysan, comme la bourgeoisie révolutionnaire a su. partant de h, propriété mobilière, s'a5similcr aussi la propriété fonci~re. Au poi11l de ,·ue économique, la vente des biens nalionaux donna un élan très vif à la production agricole, un grand essor aux campagnes. Les vastes domaines de J"Eglise furent démembrés; par exemple, telle abbaye de la Sarthe a,·ail sous sa dépendance douze corps de ferme, chacun de ces corps de ferme, chacune de ces exploitations rurales esl achelée par un acbeleur dislincl; dix ou douze gros bourgeois du Mans se répartissent le domaine d"une abbaye. Or, comme chacun de ces bourgeois élail riche, comme chacun ·pouvail consacrer des ca))itaux à améliorer sa terre el mellail son amourpropre à J"améliorer, en efTel, un grand afflux d'argent el de travail vint féconder soudain la terre de France. De même, de quelle ardeur passionnée le paysan remue la terre enfin acqui,e par lui! Par celle double aclion de la bourgeoisie révolutionnaire el du paysan, le progrès agricole s'accéléra el la richesse foncière du pays s'accrut. Le. témoignages des contemporains sont décisifs; je n'en citerai qu'un : !or.que Pache, maire cle Paris eu 1î93, et un moment ministre de la guerre, fut éliminé, quand il revint à son village nalal, à Thym-le-~loutier, dans les Ardennes, il ne s'occupa plus que d'agriculture, et, dans un discours prononcé en ran \"li à la Société libre d'agricullure, des arls el du commerce du départemenl de l'Ardenne, il pul amrmer « que les neuf dixièmes des citoyens élaienl dès lors mieux logés, meublés el nourris qu'en 1789 "· El cc ne sont pas seulement les travailleurs des campagnes qui sonl ainsi relevés; pour les innombrables travaux d'aménagement, pour la construction ou la réfection des demeures rurales à !"usage des nouve,ux propriétaires, pour la conslruclion des nouveaux immeubles qui, dans les villes se subslituaienl aux b;l.lisses cléricales expropriées, la main d'œuvre ouvrière des villes ful exlrémemenl recherchée. Il y eut un élan de travail, de bien-être et d'espérance dans Loule la nalion, el par là encore le prolétariat indu,lriel môme, quoiqu'il ne reç0l aucun avantage direct fut emporté dans le mouvement heureux de la société renouvelée.

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