Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

lllSTOIRE SOCIALISTE 4i5 lution, el lout ce qui serait allé contre celle loi suprême du salul de la Révolution aurait été, même sous des apparences philanthropiques, foncièrement réactionnaire. J'admire la franchise el la nellelé avec laquelle, aux Jacobins, dans la séance du vendredi 25 juin 1i90, M. de Polverel posa le problème. Son exposé détruit d'avance la légende créée par une bourgeoisie médiocrn, incapable de comprendre el d'avouer ce qu'il y eul de grandeur dans s-onégoïsme révolutionnaire, el il réduit à néanl aussi, par a,ance, la crilique supedlcielle de quelques écrivains radicaux, donl plusieurs de no• amis ont trop complaisamment accepté le thème. Écoutez avec quelle force il discute la conception de M. de la Rochefoucauld-Liancourt, el de M. de Cernon ; mais relè,ez aussi l'engagemenl que prenait alors envers la classe ouvrière la bourgeoisie révolutionnaire. « La nation doit-elle réserver une partie de ses biens aux pauvres? M. de Cernon (député de la noblesse du bailliage de Chàlons-sur-~iarne), pense que cela doit être ainsi, et il propose de confier aux municipalités l'adminisllation de celle partie réservée. • " M. de Liancourt propose de réserver pour la classe indigente les portions de biens nationaux qui ne produisent aucun revenu actuel, tels que les landes el les marais.» " Un honorable membre de la Sociélé vient de vous proposer de distraire de la , ente pour 1200 millions de biens nationaux, et de les distribuer à petits bénéfices, qui seront cultivés par des familles pauvres, et dont les fruits serviront à leur subsistance.• • S'il fallait réserver pour les pauvres une portion quelconque, soit de landes el de marais, soit de terres déjà en valeur, ce serait aux pauvres mêmes que je voudrais en donner l'administration el la jouissance. La dislri- !:mtion en petits bénéfices, qui vous a été proposée, serait alors la seule praticable. » « Mais est-ce par des distributions de terre que la nation doit venir au secoµrs de l'indigence? Doil-ellc, peut-elle en distribuer? N'a-t-elle pas des moyens plus efficaces pour secourir les pauvre5? • « Toute nation doit pourvoir à la subsislance de ses pauvres. li y a deux classes de pauvres, les valides et les invalides. Les premiers doivent vivre de leur lrarnil, les seconds ne peuvent subsister que par les secours publics. Mais il ne faut permettre la mendicité ni aux uns ni aux autres. « La mendicité est inulile aux pauvres valides, puisque leur travail peul suffire à leur subsistance. Elle esl infructueuse ou insuffisante aux pauvres, parce que plusieurs d'entre eux sont hors d'étal de pouvoir mendier el parce que les aumônes étant \'olontaires, leur produit est nécessairement incertain, tandis que le besoin ne l'est pas. • Enfin le mendicité doit être proscrite dans toute société bien ordonnée,

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