Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

446 HISTOIRE SOCIALISTE JI est -rai que celle interdiction ne fut rnlée que le 14 février 1790; mais elle avait élé proposée le 17 décembre t ïSO. C'est donc à des assauts multiples que la propriété ecclésiastique devait résister. L'Eglise aurait pu se défendre, à la rigueur, si elle avait pu opposer à la lléYolulion un magnifique en semble d·œlll res cle charité el d'éducation : mais du fond des hôpitaux infilmes, où trois ou quatre malades s'infectaient les uns le, autres dans le roème lil, sortait à certains jours, un immense cri de révolte, ce qu·on app elail alors la plainte d'hôpital, un sinistre hurlement de folie, de misère, de désespoir, qui soudain épouvantait la cité. L'archcvtlque d'Aix e,saya pourtant, avec une grande ingéniosité, de détourner le coup. JI se garda bien de dire que les biens d'Eglise élairnl uniquement fondés sur la volonté des donateurs. li reconnut au contraire qu'il y avait eu intervention de la puis,ance publique: c'est avec le consentement des rois, c'est avec la garantie de la nalion qu'ils représentaient, que l'Eglise a régi, tout le long des siècles, le domaine qu'elle possède aujourd'hui el l'arcbe1èque demandait à la Révolution de respecter la propriété de rEglise par respect même pour la volonté de la nation qui l'avait fondée et légitimée. L'argument n'élait que spécieux. Car, pourquoi la nation n'aurait-elle pu retirer, pour les besoins d·un étal social nouveau, le consenlcmenl jadis donné par elle? o·ailleurs l'habile archeYèque semblait douter lui-même de ce qu·on peut appeler le droit social de rEglise. Il reconnaissait que la nation arnil le droit d'cmp~cher à l'avenir Loule extension de la propriété ecclésiastique comme elle avait déjà limité la formation des biens de mainmorte par le fameu,, édit de 1î 10. JI :;emblailain:;i uniquement préoccupé de ,au ver la silualion acquise. El en convenant que désormais toute création èc propriéto cléricale pouvait Mre interdite sans qu'il y eût violation du droit et péril pour la société, il était bien près de ne plus demander que comme une sorte de grilce le maintien des propriété, déjà formées. L'abbé 11aury comprit que ce système défensif el incertain élail impuissant. Il comprit que Loule argumentation juridique était vaine, el il recourut brusquement à ces moyens démagogiques dont l'Eglise avait d<'jà usé au temps de la Ligue. JI essaya d'ameuter les pauvres contre l'œuvre d'e~proprialion révolutionnaire. JI dénonça les riches, les financiers, les agioteurs, les juif•, qui s'apprèlaient, selon lui, à saisir les biens a!Teclésjusque-là au soulngemenl des sou!Trances humaines. c·est vraiment le premier manilcste de la démagogie antisémite; toutes les conceptions de Drumont, tous ses arguments, toute la lactique nouvelle de l'Egfüe sont là. L'abbé Maury est le vrai créateur du genre. Depuis ce jour, toutes les fois que l'Eglise sera menacée dans sa domination ou dans sa richesse, elle tentera une diversion contre la finance, « contre la juiverie •,

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