Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALISTE H7 el elle essaiera de représenler tous les mouvemenls révolutionnaires, dans l'ordre de la pensée et de l'action, comme une secrète machination des juifs cherchant à tout dissoudre pour lout absorber. Elle essaiera aussi de faire peur à la bourgeoisie dirigeanle en lui montrant que tous les coups portés à l'Eglise aUeindronl un jour le capital. Toute celle savante rouerie cléricale est dans le discours de l'abbé Maury, aussi Je Liens à en citer de très longs et décisifs fragments, car il faut que le peuple voie bien que si, en 1789et 1790, il s'élait laissé duper par la manœuvre antisémile de l'Eglise, l'ancien régime clérical subsi,lerail encore dans son enlier. Ecoutez donc le démagogue de l'Eglise ameutant le peuple contre les capitalisles, contre l'agio, conlre la Bourse, afin de sauver les milliards de bonnes el grasses terres possédées par des milliers de moines fainéants. On • croirait enlendre Morès el l'abbé Garnier. « Que l'on ne nous pr<>posedoue pas si légèremenl, Messieurs, de sacrifier la prospérité des campagne, à ce gou!Tre dévorant de la capitale, qui engloutit déjà la plus riche porlion de notre revenu territorial. Dans cette cité superbe, vous le savez, résident les plus grands propriétaires du royaume el une multilude de capilalistes citoy'ens qui onl fidèlement déposé dans le Trésor de rElal le fruit d'un honnête travail el d'une sévère économie. Si tous les créanciers du royaume avaient des litres si légitimes, la nation n'aurail point à se plaindre des extorsions de la capitale, et les provinces ne reprocheraient point la ruine de !'Etal aux usuriers de Paris. • Mais ne confondons point des capitalistes irréprochables avec les avides agioteurs de la Ilour5e. Là, se rassemble de toutes les extrémités du royaume et de toutes les contrées de l'Europe une armée de prêteurs, de spéculateurs, d'intrigants en finance, toujours en activité entre le Trésor royal el la nation pour arrêter la circulalion du numéraire par l'extension illimitée des e!Tets publics. Là, un commerce fondé sur l'usure décourage el appauvrit le vrai commerce national, l'industrie productive du royaume, et condamne l'administration à l'inertie, tantôt en l'a!fais,ant sous le poids des besoins, tantôt en déplaçant son activité. • Ecoutez ces marchands de crédit qui trafiquent du destin de J"Etat, à la hausse ou à la baisse. lis ne demandent pas si la récolte est abondante, si Je pauvre peuple peul élever Je salaire de se~ travaux à la hauteur du prix commun du pain, si les propriétaires dispersés dans les provinces les vivifient par leurs dépenses ou leurs libéralités. Non, ce n'est point là ce qui les intéresse. Ils s'informent uniquement de l'étal de la Bourse et de la valeur des effets. Voilà pour eux l'unique thermomètre de la prospérité générale. lis ne savent pas que l'opulence de la capitale se mesure toujours sur la misère des provinces, et. que ce n'est point dans des portefeuilles arides que consiste la richesse nationale, mais que c'est dans les sillons creusés de ses sueurs que le laboureur fait germer la force de l'Etat. •

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